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Les paons et autres merveilles (préface de Jacques Delamain)

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Il arrive que de grands noms disparaissent complètement. Telle est la mésaventure (pas vraiment voulue) survenue à Jean de Bosschère, né en Belgique en 1878, fils de Charles de Bosschère, botaniste de réputation internationale, poète, romancier, peintre, illustrateur, rangé parmi les « planètes solitaires » dans le tome VI de La Poésie française du XX e siècle de Sabatier en compagnie de Segalen, Jouve, Supervielle, Milosz, Saint John Perse. À Londres pendant la Première Guerre mondiale, il se lie avec Ezra Pound, Amy Lowell, T. S. Eliot, et, en 1920, rencontre Elisabeth d'Ennetières qui sera la compagne de sa vie. Deux ans plus tard, le couple s'installe à Due Santi, près de Rome, le pays du merle bleu, qui n'est pas du tout le symbolique oiseau de Maeterlinck, mais Monticola solitarius, un merle farouche et solitaire, un peu plus grand que le merle de roche, d'un bleu gris avec les ailes et la queue un peu plus plus sombres. C'est à Due Santi, où il se constitue une basse-cour, que Jean de Bosschère passe, avec Elisabeth, « celle qui donne la paix », les années les plus heureuses de sa vie. « C'est là que nous [le] voyons parcourir les villages aux environs de sa demeure italienne pour recruter les pensionnaires de sa basse-cour. Peu lui importait que les poules fussent communes, les pigeons bâtards, les canards estropiés, car il éprouva toujours, en même temps que le besoin d'adoucir le destin des bêtes, l'irrésistible besoin d'en posséder autour de lui », écrit dans sa préface Jacques Delamain (qui, chez Stock, dirige la collection où paraît Paons et autres merveilles). Une basse-cour mais où il y a aussi, dans leur radicale étrangeté. des paons. Qui a le plus de talent? Celui qui décrit une poule, un canard, une pintade, ou celui qui décrit un paon ? On peut craindre que, sur le plan du talent, l'oiseau au somptueux plumage ne soit le (beau) perdant de ce petit jeu. Mais, pour un naturaliste, il ne s'agit pas de talent d'écriture R Artaud aura beau jeu de fustiger, les afféteries de Bosschère romancier « trop d'épithètes, de comparaisons, trop de fleurs » R mais de finesse d'observation. Sur ce plan, les gallinacées, tout comme les pigeons aux yeux rouges, ont leur mot R et plus encore R à dire. « On connaît la couleur de l'oeil de son chien, mais celle de l'iris de l'ours, de l'émeu, des lamas ? Et si on en connaît les nuances, s'est-t-on souvent arrêté avec surprise, et pendant de longues minutes, à étudier cette merveille inouïe qu'est l'oeil de certaines grenouilles, de certains oiseaux ? » Après l'Italie, le couple revient habiter Paris puis s'installe près de Fontainebleau avant de se prendre d'amour pour le Berry, sur l'invitation d'Aurore Sand, et de se retirer près de La Châtre. Basse-cour, volière (il bat un chat qui a décapité l'un de ses oiseaux favoris), paons et pigeons, Bosschère continue d'alimenter sa veine naturaliste avec Palombes et colombes, La Fleur et son parfum (publié dans « De natura rerum » au printemps 2015), avec enfin Le Chant des haies qui paraît après sa mort, étonnants fragments d'une simplicité qu'on jurerait franciscaine.


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