Agone

  • Pourquoi et comment apprendre l'histoire ? Huit années ont passé depuis la première édition de La Fabrique scolaire de l'histoire et l'ouvrage a rejoint les classiques sur l'enseignement de l'histoire-géographie. Dans la continuité du premier volume, cette deuxième édition entièrement refondue poursuit la réflexion amorcée sur les spécificités de l'histoire enseignée en entrant plus profondément dans le détail des pratiques.
    Entre-temps, les programmes ont changé, les clivages se sont accentués et les attentats de 2015 ont eu des conséquences importantes sur l'enseignement. Si l'histoire scolaire a toujours été tiraillée entre finalités civiques, identitaires et critiques, il semble bien que la dernière soit aujourd'hui la plus maltraitée. Pour les auteurs de ce recueil, la pratique et l'expérimentation restent les meilleures manières de pallier les empêchements des prescriptions officielles.
    Mais l'enjeu est avant tout de participer à redéfinir les contours d'une école républicaine malmenée par le démantèlement du service public. Il en va de la légitimité de la posture enseignante, trop souvent réduite à la fausse évidence de l'« autorité », mais aussi des finalités politiques d'une école dont on prétend sans arrêt réparer les pannes d'ascenseur (social) par la destruction de ses fondations.
    Laurence de Cock, membre du bureau du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH), est professeure d'histoire-géographie en lycée à Paris et chargée de cours en didactique de l'histoire et sociologie du curriculum à l'université Paris-Diderot. Elle a consacré une thèse en sciences de l'éducation au « fait colonial à l'école » depuis les années 1980. Elle est notamment l'auteure, aux éditions Agone, de Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France (2008).
    Au sommaire : Préface (Suzanne Citron), Introduction (Laurence De Cock), Élaboration des programmes (Patricia Legris), Formation des enseignants (Hayat El Kaaouachi), Enseignement de l'histoire aux États-Unis (Samuel Kuhn), Construction identitaire par l'histoire scolaire (Charles Heimberg), Géohistoire (Vincent Capdepuy), Le prisme géopolitique dans l'enseignement de l'histoire (Vincent Casanova), Enseignement de la colonisation (Françoise Lantheaume), Enseignement de l'histoire de l'immigration (Véronique Servat), L'enjeu du complotisme (Servane Marzin), L'enseignement de l'histoire à l'école primaire (Géraldine Bozec).

  • école publique et émancipation sociale Nouv.

  • Une vulgate ancienne, mais constamment réactualisée jusqu'à nos jours, voudrait imposer l'idée délétère selon laquelle l'étude de l'histoire devrait avoir pour objectif de faire aimer la nation.
    « Histrions de la cour du prince et éditorialistes de gouvernement s'entendent pour fustiger les universitaires étrangers à la mission patriotique et déconnectés de la réalité sociale (et dont les plus heureux vendent péniblement leurs livres à quelques centaines d'exemplaires). Cette dernière critique, du moins, n'est pas fausse. Beaucoup d'historiens, plus assidus à faire fructifier leurs carrières académiques qu'à diffuser le produit de leurs recherches, n'ont en effet jamais vraiment pris la mesure de leur fonction sociale. Mais contrairement à ce que racontent les chiens de garde du roman national, celle-ci n'est pas nécessairement d'appuyer les manoeuvres politiques les plus réactionnaires.
    La recherche historique n'a jamais cessé d'être créative, inventive et parfois engagée. C'est en référence à ce potentiel que nous voulons réhabiliter le concept d'«émancipation», galvaudé jusque dans les discours des politiques «en marche».
    Que serait une histoire émancipatrice ? Ce petit livre rappelle ce que l'émancipation signifie et plaide pour que la discipline historique y prenne sa part.
    Il faut regagner du terrain sur ceux qui confondent histoire et propagande haineuse, histoire et courrier du coeur. Replacer l'histoire dans la lutte contre les dominations et se débarrasser du fatalisme qui nourrit l'ordre dominant. » Historiens et chercheurs, Laurence De Cock, Mathilde Larrère et Guillaume Mazeau ont donné ensemble plusieurs cours libres aux étudiants qui occupaient leurs universités contre « Parcours Sup ». Ce livre en est issu.

  • "La pédagogie critique ne doit pas être confondue avec la "pédagogie alternative". Il ne s'agit pas, pour les éducateurs et éducatrices progressistes, de pratiquer des pédagogies seulement "alternatives", mais bien de viser la transformation sociale globale. D'autant que, dans une large mesure, les pratiques des pédagogies alternatives s'adressent essentiellement à des enfants issus de milieux socialement privilégiés".
    En France, les pédagogies critiques sont rendues invisibles, abusivement englobées dans les pédagogies "nouvelles" ou "alternatives" dont les pratiques purement techniques sont à la mode dans les écoles de riches. Alors que partout ailleurs dans le monde, elles sont clairement distinguées des méthodes pédagogiques libérales qui réduisent l'éducation à un parcours de performance et de réussite purement personnelle, la France se singularise par un débat réduit à l'opposition simpliste entre "tradition" et "modernité" qui laisse un boulevard à l'école néolibérale.
    Le propos de cet ouvrage est donc de redonner toute sa place à un courant pédagogique ancien mais très vivant, et de lui rendre toute sa force de critique radicale et d'émancipation sociale, notamment pour les classes populaires. C'était la démarche des grands fondateurs Célestin Freinet et Paolo Freire ; c'est aussi celle que perpétuent et renouvellent beaucoup de pédagogues d'aujourd'hui. Cet ouvrage collectif fait le panorama le plus complet possible des pédagogies critiques.
    Il remet à la première place l'essentiel : les pédagogies critiques participent d'un projet politique de remise en cause de l'ordre néo-libéral et des dominations de toutes sortes (sexistes, racistes ou de classe). Il revient aux origines et à la théorie des grands fondateurs et présente les pratiques actuelles qui s'en inspirent. Il brosse le tableau le plus large possible, à l'échelle internationale, de tous les lieux d'éducation (l'école et l'université, mais aussi l'éducation populaire).
    Il interroge la manière dont les pédagogies critiques peuvent contester de manière constructive l'école réduite au maintien de l'ordre républicain et s'opposer efficacement à la captation néolibérale de l'enjeu pédagogique.

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