Libertalia

  • « La Commune a succombé. Elle a succombé sous la force brutale. Mais en étouffant sa voix, on n'a pas même cicatrisé les plaies sociales qu'elle avait mission de guérir, et tous les déshérités des deux sexes, tous ceux qui veulent le règne de la vérité, de la justice, attendent sa résurrection. » Voici la première biographie en français de Léo Frankel (1844-1896), seul élu étranger de la Commune de Paris (1871). Militant de la Première Internationale, dont il intègre la direction lors de son exil à Londres, il est un proche de Karl Marx. Il est emprisonné sous le Second Empire. Pendant la Commune, il est élu à 27 ans responsable de la commission du Travail, puis condamné à mort par contumace par les versaillais.
    Ouvrier d'orfèvrerie, puis correcteur, enfin journaliste, il travaille et milite dans de nombreux pays d'Europe (Hongrie, Autriche, Allemagne, France, Grande- Bretagne). Véritable internationaliste, son parcours militant et ses articles montrent l'aspiration à un socialisme révolutionnaire qui réaliserait l'autoémancipation ouvrière.

    Ce livre s'appuie sur l'étude de nombreuses archives, de correspondances, de journaux révolutionnaires de plusieurs pays.
    L'ouvrage comprend des articles, discours et lettres (la correspondance avec Marx) de Léo Frankel traduits pour la première fois en français, notamment sur la Commune de Paris.

  • Le Roi Arthur n'a jamais été aussi présent sur les écrans.
    Il apparaît de façon revisitée dans la fantasy (Le Seigneur des anneaux), la science-fiction (Star Wars), ou dans des séries comme Kaamelott. Comment expliquer un pareil succès ? D'où vient ce renouveau?
    Le Roi Arthur, un mythe contemporain se propose de répondre à ces questions en explorant la légende du souverain de Camelot et ses représentations au cinéma, à la télévision, dans la bande dessinée, dans les romans, mais aussi dans le champ politique.
    Ce voyage permet de percevoir les différentes mutations des figures arthuriennes : chevaliers de la Table ronde mobilisés par les colonisateurs britanniques puis le maccarthysme ; Morgane héroïne féministe ; ou encore Merlin en précurseur écologiste dans la fantasy.

  • Anna Feigenbaum relate comment cette arme chimique, d'abord utilisée sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, fut peu à peu intégrée à la panoplie du maintien de l'ordre civil partout dans le monde, et comment elle est devenue l'un des piliers des pouvoirs établis ainsi qu'une vache à lait de l'industrie de l'armement.
    L'auteure a enquêté sur les fabricants et leurs liens délétères avec les régimes autoritaires qui ont fait le choix politique des tactiques offensives de maintien de l'ordre, menaçant le droit d'expression et celui de s'assembler.
    Le tout forme un récit saisissant qui fourmille de témoignages et de documents déclassifiés démontrant les dangers du maintien de l'ordre toxique.

  • Loin d'être un simple produit de divertissement, le genre super-héroïque a été pensé dès son origine comme un outil politique par des auteurs issus de milieux modestes.
    Captain America a été créé par deux auteurs juifs pour corriger Hitler dans des comics avant même que les États-Unis n'entrent en guerre alors que Wonder Woman a été pensée pour promouvoir l'émancipation des femmes. D'autres ont rapidement eu comme fonction de faire croire à l'existence d'un futur radieux à portée de mains dans lequel le modèle démocratique se répandrait sur l'ensemble du globe pour triompher des tyrannies « féodales » totalitaires. Plus tard, de nouveaux super-héros plus troubles ont symbolisé une Amérique en plein doute, frappée par la crise pétrolière et la défaite au Vietnam, puis le 11 Septembre.

  • Dans la lignée des travaux de Jacques Rougerie, ce livre d'un professeur de Cambridge poursuit le renouvellement de l'histoire de la Commune de Paris. Il propose une synthèse ouverte, riche et dense, qui tient compte des études les plus récentes, en particulier de celles traitant de l'importance des transformations urbanistiques du Paris du Second Empire. La mise à distance critique des faits et des témoignages, qui n'empêche pas une écoute « compréhensive » des acteurs, loin de la position de surplomb académique, le conduit également à une évaluation à la baisse du nombre des victimes de la Semaine sanglante. [Le Monde diplomatique, septembre 2015]

  • La réflexion politique sur l'école en général et l'enseignement de l'histoire en particulier aurait intérêt à délaisser quelque temps le domaine de la controverse stérile alimentée par quelques astrologues de la catastrophe pérorant dans Le Figaro, Marianne, ou Causeur.
    En redonnant la parole au terrain, elle pourrait se targuer d'une forme d'intelligence des choses susceptible de formuler plus sereinement les questions urgentes que l'école pose aujourd'hui à la société.
    C'est ce qu'ambitionne de faire cet ouvrage en proposant un retour historique sur l'enseignement de l'histoire du point de vue de ceux qui l'écrivent, l'enseignent ou l'apprennent. Il s'agit donc de donner la parole aux praticiens et usagers depuis le moment où l'histoire s'est constituée comme une discipline scolaire à la fin du XIXe siècle.
    Nous y faisons ressortir la configuration des tensions et débats dont la plupart existent encore aujourd'hui sous des formes qui ne sont que recyclées ; nous y rappelons les expériences pédagogiques oubliées, les tentatives plus ou moins temporaires de bouleverser les paradigmes dominants de l'histoire scolaire ; mais nous y éclairons aussi les raisons des pesanteurs dans lesquelles s'englue souvent l'histoire scolaire, assignée à la délicate mission de garantir une identité nationale et un comportement politique codifié dans les coulisses feutrées de la République.

  • Ces Notes, rédigées avant le 18 mars et après le 28 mai 1871, nous introduisent au coeur de la machine administrative du gouvernement communal, là où s'effectuait le labeur anonyme de ceux qui permirent à la Commune de s'écrire au quotidien en assurant la survie matérielle de Paris. Andrieu, communard oublié, affilié à l'Internationale, mettait l'administration au-dessus du gouvernement.

  • S'il existe bien des livres qui ont traité cette histoire, ils se sont presque systématiquement limités à une chronique hagiographique, au sein de laquelle des personnages comme Durruti faisaient fi gure de héros intouchables. Les recherches entreprises au départ pour vérifi er les dires de Gimenez et situer correctement son récit dans la geste libertaire de l'époque ont conduit les auteurs de l'appareil critique à rédiger une véritable somme levant de nombreux coins du voile sur ces milieux si particuliers de la militancia anarchiste et anarcho-syndicaliste des années 1930. Sans cacher ce qu'elle pouvait comporter de peu reluisant ni dissimuler la responsabilité qu'endosseront rapidement les instances de la CNT et de la FAI dans la reconstruction de l'économie et de l'État capitalistes qui avaient été prétendument détruits.
    Dans le cours du travail d'établissement des sources, les auteurs ont dû traduire, de l'allemand, de l'anglais, du suédois, de l'italien et de l'espagnol, de très nombreux documents, issus dans leur très grande majorité des centres d'archives visités. Et ce travail a été complété par des traductions d'extraits de livres, en espagnol pour la plupart, qui ne possèdent pas à ce jour de version française.
    Le public français a donc accès à des documents inédits, qui proposent un éclairage très nouveau sur cette période si particulière de l'histoire.

  • Ce livre pionnier sur le fascisme, publié pour la première fois en 1936, fait partie des classiques. Encouragé par Simone Weil à combattre la « peste brune » par des recherches érudites, Guérin analyse l'origine de ce mouvement, de ses troupes et la mystique qui les anime ; sa tactique o ensive face à celle, trop légaliste, du mouvement social ; le rôle des « plébéiens » qui le rejoignent ;
    Son action anti-ouvrière et sa politique économique (une économie de guerre en temps de paix).
    Daniel Guérin s'attache en particulier aux cas de l'Italie et de l'Allemagne. Il cherche ainsi à dissiper les illusions anticapitalistes entretenues par le fascisme lui-même en montrant que son action, aussi bien avant qu'après la prise du pouvoir, bénéfi cie surtout au capital économique et fi nancier .

  • Après la Commune, l'évidence du citoyen insurgé exerçant sa souveraineté fusil à la main ne disparaît pas totalement mais se transforme. L'arme devient un sphinx des mouvements révolutionnaires, surgissant dans les discours ou lors des actions, perpétuant en mode mineur la démocratie directe de la république de 1792. Puis, dans le monde communiste, l'arme devient un spectre. Perpétuellement invoquées, elles peinent à se matérialiser hors de l'autodéfense antifasciste, tant elles sont des objets indisciplinants, incompatibles avec l'exigence kominternienne. L'adieu aux armes, l'illégitimité de leur présence en politique, s'opère après les grèves de 1948, où leur présence en temps de paix est sans équivalent depuis 1871. Disparaît alors un rapport révolutionnaire aux armes né en 1789.

  • De l'histoire au mythe identitaire.

    La bataille de Poitiers, en 732 (ou 733), opposant les troupes arabo-berbères d'Abd el-Rahman aux Francs de Charles Martel, est un événement de l'histoire de France, peu à peu devenu mythe historiographique et enjeu de mémoire. Alors que le dernier livre véritablement consacré à la question date de 1966, les années 2000 ont vu l'apparition d'un nombre croissant de publications souvent écrites sans distance ni mesure. Au même moment, la commémoration de l'événement devient l'objet d'utilisations politiques par l'extrême droite occidentale, phénomène qui a culminé en France avec l'occupation en octobre 2012 du chantier de la mosquée de Poitiers par le groupe Génération Identitaire.

    Charles Martel et la bataille de Poitiers. De l'histoire au mythe identitaire propose, alors que les mémoires s'enflamment, de revenir tout d'abord à l'histoire mal connue de la bataille en la resituant dans le contexte large des relations entre le monde franc et l'empire islamique. Puis d'analyser, en deuxième partie, les échos successifs rencontrés par le souvenir de la bataille au Moyen Âge, à l'époque moderne, auprès des philosophes des Lumières et des romantiques, dans les écoles de la IIIe et de la IVe République et au sein de la culture populaire. Une attention particulière est portée à l'actualité récente du mythe de Poitiers, notamment au sein des extrêmes droites française et européenne. Ce travail inédit d'histoire et d'historiographie permet de nuancer la portée réelle de la bataille, tant au moment des faits que dans les mémoires.

  • Tout est possible ! a été initialement publié par les éditions Denoël en 1974. Jean Rabaut, journaliste et historien progressiste, s'y livre à une vaste monographie d'une génération, celle qui eut 20 ans au cours des années 1930. Partant de son propre engagement au sein de l'aile gauche de la SFIO, il analyse toutes les familles politiques qui constituaient la gauche radicale de cette période. Sont ainsi largement évoqués les groupes trotskistes, luxemburgistes, socialistes pivertistes, libertaires, d'ultra-gauche, etc.
    Cette plongée dans les rangs révolutionnaires permet de revivre les heurs et malheurs d'une génération qui connut successivement la montée des fascismes, l'espoir liés aux Fronts populaires, la défaite de l'Espagne républicaine, le naufrage de 1940 et enfin la Résistance.

  • À la fin du XIXe siècle, l'attente du Grand Soir exprime l'espoir d'un bouleversement radical de l'ordre social existant. Cette croyance millénariste en l'éclosion d'un monde régénéré grâce à la révolution sociale est caractéristique de la mythologie libertaire qui se forme alors.
    Ce livre se propose d'étudier les représentations qui composent l'imaginaire du Grand Soir, et leurs interactions avec celui de la grève générale.
    La puissance d'attraction et la capacité de retentissement du Grand Soir débordèrent les cercles libertaires pour pénétrer les masses populaires. Repérer l'influence d'une telle construction sur les pratiques sociales permet de questionner l'espace des possibilités entre la réalité et ses représentations, et la généalogie des utopies, disparues ou renaissantes

  • Au début du XXe siècle, en Grande-Bretagne, pays qui se veut un modèle démocratique, les femmes sont privées du droit de vote et celles qui le revendiquent sont réprimées. À Manchester et dans les villes cotonnières du nord de l'Angleterre, des ouvrières se mobilisent : ce sont les suffragistes radicales. Leur combat pour le suffrage s'inscrit dans celui, plus vaste pour la cause des femmes : pour de meilleures conditions de travail et l'égalité des salaires ; pour le droit à l'éducation et au divorce ; pour l'émancipation ouvrière et le socialisme. Leur militantisme lui-même est un combat, avec « une main liée dans le dos », quand il faut en même temps élever une famille et gagner sa vie. Quand la guerre éclate, les suffragistes radicales sont antimilitaristes et pacifistes.

  • Le Parti communiste, à l'époque « Section française de l'Internationale communiste », est créé en France en décembre 1920. Au-delà du seul Congrès de Tours, qui voit la scission du Parti socialiste SFIO, il importe de comprendre les dynamiques qui aboutissent à ce résultat. Qui sont les principaux militants à l'oeuvre ?
    Quels sont alors leurs objectifs politiques ? Comment la scission s'effectue-t-elle en pratique ? Comment le PC s'organise-t-il à ses débuts ? Quels sont alors les liens avec Moscou ?
    S'appuyant notamment sur des archives inédites, ce livre est une synthèse de référence qui renouvelle la compréhension de cet événement majeur de notre histoire politique et sociale.

  • En France, le premier asile de nuit ouvre en 1872 à Marseille. Ce livre raconte l'avènement de la catégorie du « sans-abri » et d'un dispositif, les asiles de nuit. Avant leur fondation, les personnes sans-logis, considérées comme vagabondes, font exclusivement partie de la masse délinquante à exclure par l'enfermement. L'objectif des élites économiques, politiques et religieuses des débuts de la IIIe République est de préserver la paix sociale et de garantir l'ordre public. Les souvenirs de la Commune sont vivaces. Dans ce contexte, les asiles de nuit apparaissent comme un des acteurs de la lutte contre la misère et l'insalubrité, le vice et les menaces sociales. Cette nouvelle forme de charité participe au passage d'une bienfaisance individuelle à une philanthropie collective, bien que l'aumône subsiste.

  • Matthias Bouchenot aborde un angle mort de l'histoire des années 1930 : celle des groupes d'action et des groupes d'autodéfense de la SFIO, principalement dans la fédération de la Seine.Embryon d'armée révolutionnaire pour les uns, simples groupes chargés d'assurer la sécurité des meetings et des leaders politiques en vue (dont Léon Blum) pour d'autres, les « Jeunes gardes socialistes » (JGS) et les « Toujours prêts pour servir » (TPPS) ne souhaitaient pas laisser la rue aux ligues d'extrême droite et rêvaient de vivre des lendemains qui chantent. Incarnant l'aile gauche de la SFIO, ouverts aux tendances communistes révolutionnaires (trotskistes, luxemburgistes), parfois proches des libertaires, les TPPS et les JGS incarnent l'image la plus éloquente du « Front populaire de combat ».

  • Ce livre, écrit pour des étudiants de troisième année mais se donnant comme horizon un plus large public, réussit pleinement son pari. Il est à la fois d'une lecture agréable et claire, mêlant fortes conclusions et questionnements pour un public de spécialistes. Il serait vain, en quelques lignes, de résumer son contenu. Notons furtivement l'importance accordée au gouvernement quotidien de la Commune, à la guerre civile, ou aux questions de genre, et, surtout, à la façon dont la Commune s'inscrit dans l'histoire.

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