Pu De Rennes

  • "Je fis, d'abord, alliance avec André Pironneau... II... publia quarante articles" (Charles de Gaulle).

    Ce livre n'aurait pas été conçu sans la découverte que les articles de L'Echo de Paris cités par le mémorialiste étaient principalement de sa plume - à lui, de Gaulle ; et que leur objet, politique et géopolitique, dépassait de loin la seule chose militaire. Un chapitre justifie, après la précision du contexte qui éclaire les preuves, l'attribution de ce qu'on appelle en conséquence "la source Pironneau-de Gaulle".

    Ces articles n'ont jamais été lus par les historiens de Charles de Gaulle. Ils constituent donc une source inédite au sens où elle n'a jamais été attribuée à son auteur principal. Ils courent de 1933 à 1937 ; mais leur croisement avec archives, documents diplomatiques français et britanniques, presse et témoignages permet de suivre l'histoire de huit ans, de 1932 à 1940. C'est dire qu'on a la source la plus considérable sur de Gaulle dans les années trente ; et sur d'autres personnages, qui peuvent être considérés comme de premiers gaullistes. Elle confirme combien le regard de Charles de Gaulle annonçait en lui l'homme d'État, embrassant l'horizon international le plus large.

  • Dans le legs naturaliste des Lumières, François-Emmanuel Fodéré (1764-1835) incarne la figure du "précurseur" de la médecine légale moderne. Ce livre est le premier à lui être dédié. Il cadre le "moment Fodéré" où la médecine légale se certifie comme science des maux de la société. Faire parler les corps évoque Fodéré en sa formation, ses saillies épistémologiques et sa réception notamment italienne. Parmi une vaste production livresque, son projet ressort de sa somme médico-légale : Les Lois éclairées par les sciences physiques, ou Traité de médecine légale et d'hygiène publique (Paris, an VII); Traité de médecine légale et d'hygiène publique ou de police de santé : adapté aux codes de l'Empirefrançais et aux connaissances actuelles (Paris, 1813). Le savant prône l'alliance du droit et de la médecine, la salubrité sociale et la régulation étatique. Il dénigre les savoirs disséminés sous l'Ancien Régime pour un savoir médico-légal comme science positive. Elle greffera la modernité institutionnelle au positivisme pénal, au progrès scientifique, à la laïcisation des sociétés. Pour "toutes les classes sans exception de privilèges", elle escorte la gouvernance de l'Etat libéral. Suicide, crime, infanticide, folie, épidémie, hygiène publique : ces objets mènent Fodéré à la science investigatrice de l'anomie sociale pour en prévenir la causalité. Surveiller et guérir : tel est son credo positiviste !

  • On entend aujourd'hui par caricature une "image tendant, par déformation ou accentuation des traits d'un modèle, des caractères d'une scène, à les rendre grotesques ou risibles" (La Grande Encyclopédie Larousse). Qu'en est-il pour les sociétés de l'Antiquité ? La plupart des spécialistes modernes de la caricature ont considéré qu'il s'agissait d'une invention de la fin du XVIe siècle, inadaptée aux cultures et aux sociétés du monde antique. Confrontant pour la première fois sur ce sujet les points de vue de spécialistes des textes et des images, cet ouvrage a pour ambition de partir à la recherche d'une possible caricature antique, en discutant ses conditions d'existence, en essayant d'identifier des auteurs d'oeuvres caricaturales, des domaines et des genres artistiques et littéraires plus particulièrement propres à la production de caricatures, en mettant en relief aussi des problèmes de sources ou de catégorisations.

  • Lamennais : 1782-1854 Nouv.

    Le parcours de Félicité Lamennais a fasciné ses contemporains, et n'a cessé de fasciner depuis sa mort, comme le prouve la production ininterrompue de travaux à son sujet. Successivement, théoricien d'un catholicisme contre-révolutionnaire, inventeur du catholicisme libéral et promoteur d'une République sociale chrétienne, il semble être passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel idéologique et croyant de son temps. Le présent ouvrage s'efforce de dégager cette figure des interprétations polémiques et des passions, et entend restituer la continuité de sa pensée en dépit de la spectaculaire versatilité qui a nourri sa légende. Cette biographie de Lamennais est aussi une radiographie de son époque, et requiert de tenir compte de la réception de ses oeuvres dans toutes les nuances de l'opinion, en France et en Europe. Si Lamennais n'a pas fait école, c'est parce que son indépendance d'esprit radicale a empêché de s'en revendiquer sans nuances. Et pourtant, son nom a toujours resurgi lors des tensions ou des reconfigurations politico-religieuses, quand il s'agissait de repenser l'articulation du fait croyant avec les libertés modernes et l'exercice de la démocratie.

  • Le culte rendu aux saints, ces "morts très spéciaux", représente l'une des pratiques sociales et religieuses les plus singulières du Moyen Age. Au c?ur des récits hagiographiques qui leur sont consacrés figurent bien sûr les Vies de saints, dont le sens et les enjeux sont bien plus larges que la simple finalité liturgique ou cultuelle quelles mettent généralement en avant. D'autant plus que, jusqu'au XIIe siècle au moins, la biographie du saint et sa personnalité importent relativement peu tant le poids des modèles structure les récits. On ne saurait donc s'étonner de ce que la figure "historique" de Julien du Mans, dont la sainteté et le culte, de l'époque carolingienne à l'âge gothique, sont l'objet de cet ouvrage, demeure évanescente, pour ne pas dire insaisissable. Pourtant Julien finit par être considéré comme le premier évêque du Mans et un disciple des Apôtres, et par devenir le principal titulaire de l'église cathédrale et le patron du diocèse du Mans. L'intérêt de l'étude réside donc ici : dans l'ensemble des pratiques et des représentations que la fabrique légendaire met en jeu, à l'articulation de l'histoire de l'institution ecclésiale, de l'histoire culturelle et de l'histoire des pouvoirs. Pour mieux fonder la démonstration l'ouvrage propose également une édition scientifique des principaux textes hagiographiques et liturgiques concernant saint Julien.

  • L'empoisonnement est une infraction qui est apparue tardivement, bien que le poison soit depuis longtemps utilisé comme une arme criminelle redoutable. En 1682, il fait l'objet d'une réglementation spécifique qui le distingue du simple homicide et qui encadre de manière rigoureuse le commerce des substances vénéneuses. Depuis cette date, l'empoisonnement a toujours été incriminé de façon autonome dans le droit français, étant considéré comme particulièrement grave du fait de la préméditation qui l'accompagne.

    Cette nouveauté juridique soulève de nombreuses questions, d'une part, sur la constitution de l'infraction et, de l'autre, sur sa répression par les tribunaux. L'empoisonnement étant un crime secret, la question de la preuve se pose à chaque instant. Un intérêt particulier doit être accordé aux moyens mis en oeuvre pour affirmer ou infirmer la présence d'un empoisonnement criminel. Il faut se demander comment les magistrats parviennent à caractériser l'existence de cette infraction à une époque où la science n'en est qu'à ses balbutiements. L'étude des archives judiciaires permet de mettre en évidence les spécificités d'un tel crime, de comprendre la nécessité et l'apport d'une nouvelle réglementation, mais également d'analyser la procédure criminelle qui en découle et de savoir quelles sont les sanctions retenues à l'encontre des empoisonneurs.

  • Entre l'abolition de l'esclavage, en 1848, et les indépendances, dans les années 1950-1960, une réglementation du travail s'est progressivement et très diversement implantée dans les colonies, qu'elles soient dites de plantation, d'exploitation ou de peuplement. Ce sujet méconnu a fait l'objet d'une recherche collective de plusieurs années ayant mobilisé de nombreux chercheurs et dont ce livre est issu. Il repose sur l'exploitation de milliers de documents d'archives, en très grande partie inédits, qui dessinent une situation ambiguë : d'un côté, une volonté de protection qui s'affirme de plus en plus nettement au fil du temps dans les textes ; de l'autre, la persistance de l'exploitation d'une main-d'oeuvre "indigène" mal-traitée, quelquefois jusqu'au pire et poussée à l'exaspération. Du Maroc à l'Indochine, du Cameroun aux Antilles, ce livre apporte une pierre inédite à l'histoire du colonialisme et à celle du droit social et lève un coin de voile sur le « mauvais sort » fait aux travailleurs de l'outre-mer qui n'est pas sans lien avec l'aspiration des peuples à l'indépendance.

  • Histoire des modernisations agricoles au XXe siècle Nouv.

    Ces dernières années, de nouvelles demandes environnementales, sanitaires et sociales sont venues questionner le modèle de modernisation agricole qui a dominé le XXe siècle. Des perspectives neuves ont également redynamisé l'histoire de l'agriculture et des mondes ruraux.

    Enrichi des apports de l'histoire environnementale, de l'analyse des formes territoriales de construction de la qualité ou de l'histoire des sciences et des techniques, cet ouvrage nous donne à comprendre les modernisations agricoles du XXe siècle non plus comme un triomphe nécessaire de la modernité mais comme un ensemble de choix sociotechniques, parmi des possibles multiples, portés par des groupes d'acteurs situés. Ce livre fait aussi une large place aux perspectives transnationales et comparatives, aux acteurs multiples des dynamiques de modernisation (agriculteurs, scientifiques, conseillers, fonctionnaires modernisateurs, mais aussi industriels, médecins, etc.), ainsi qu'aux controverses, marges d'adaptations et alternatives aux modèles dominants de modernisation agricole.

  • Du 15 au 17 mars 1968, a eu lieu à Amiens un colloque "Pour une école nouvelle : Formation des maîtres et recherche en éducation", organisé par l'Association d'étude pour l'expansion de la recherche scientifique (AEERS), qui a réuni plus de 600 acteurs à la Maison de la culture d'Amiens.

    Le "colloque d'Amiens" est devenu une référence plus ou moins mythique, plus ou moins fondée, pour les réformateurs de l'éducation en France et éventuellement à l'étranger. Pourtant, aucune étude d'ensemble ne lui avait jusqu'alors été consacrée. On connaît peu le détail des débats qui l'ont animé, les acteurs qui les ont préparés et menés, les questions qui en ont été l'objet et qui continuent d'être au coeur des débats sur l'école. La rénovation de l'école est en effet à l'ordre du jour dans un contexte de transformation du système éducatif et le colloque d'Amiens, qui réunit tout ce que la France ou presque compte d'innovateurs en matière éducative, cristallise les attentes du moment. Il s'agit avant tout de moderniser, de rénover l'existant, pas de faire la révolution.

    Cinquante ans après, ce livre propose de réexaminer la genèse, les dynamiques, les idées, les acteurs et la portée de cet événement majeur de l'histoire contemporaine des réformes éducatives.

  • Au premier abord, l'expression appel comme d'abus sonne étrangement à des oreilles profanes, combinant deux vocables qui ne semblent pas bien s'accorder. L'expression et le recours juridique qu'elle désigne sont pourtant familiers aux hommes et femmes de la fin du Moyen Age et de l'époque moderne. Utilisé au départ comme une procédure garantissant l'équilibre et le respect mutuel des juridictions royale et ecclésiastique, l'appel comme d'abus se banalise assez rapidement en recours à la justice royale face à la décision d'une instance ecclésiastique.
    Il a souvent été considéré par l'historiographie comme une arme employée par le roi ou sa justice pour dépouiller le juge d'Eglise de sa juridiction. Pourtant, son usage ne se résume pas à un conflit entre juge ecclésiastique et juge royal, mais témoigne plutôt de chevauchements : le croisement des justices ne s'analyse pas toujours en termes d'affrontement ou de conquête. Etudier l'appel comme d'abus oblige donc à distinguer sa mise enoeuvre effective, sa construction théorique, son instrumentalisation politique..., dans une contextualisation fine qui en explique les enjeux.
    Autant de dimensions qu'explore cet ouvrage, issu d'une enquête collective qui a fait dialoguer historiens et juristes.

  • Si le rêve est commun aux êtres humains voire à certains animaux, l'homme est le seul à en faire le récit, engageant une histoire, elle-même support de croyances, de savoirs et de pratiques. Entre 1500 et 1800, la définition du rêve fut âprement discutée. Elle touchait à des savoirs en profond renouvellement (en médecine et en théologie notamment), voire naissants (psychologie et anthropologie) et à des pratiques difficilement contrôlables (prophétie, oniromancie).

    Ce livre couvre une lacune historiographique, entre les travaux fondateurs de Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt pour le Moyen Âge, et ceux de Jacqueline Carroy pour le XIXe siècle. Vers 1500, des humanistes exhumèrent des récits antiques de songes qui auraient auparavant relevé de la superstition, alors que ces mêmes humanistes, à l'époque des Réformes, aspirèrent à contrôler la possibilité d'une inspiration surnaturelle ; ils interrogèrent les origines (corporelles, astrales, divines ou diaboliques) du rêve. Vers 1800, le rêve renvoyait à un inconscient, à une face primitive de l'âme, mais aussi à des lois de l'association des images et à un langage symbolique. De 1500 à 1800, l'étude du songe renvoya donc à une intense interrogation sur l'être humain, mais les termes en changèrent foncièrement : le rêve subit un complexe processus de psychologisation.

    À terme, ce livre montre que C. G. Jung fut un intense lecteur de l'onirologie du XVIe au XVIIIe siècle. Elle constitue ainsi le socle d'une école psychanalytique majeure et de notre compréhension actuelle du rêve.

  • On peut choisir d'étudier l'Empire romain par le biais des événements généraux et des vicissitudes militaires ou politiques, on peut faire l'histoire des grands hommes en suivant des sources antiques qui les ont privilégiés. Mais on peut aussi s'intéresser aux composantes anonymes de la société qui a incarné cette histoire. Les femmes et les hommes qui ont peuplé villes et campagnes de l'Orient romain sont ici présentés en une période particulière, celle de l'Antiquité tardive. Pourquoi l'Antiquité tardive ? C'est une époque de bouleversements et de profonds remaniements : le gouvernement impérial devient un dominat, l'Etat impose des contraintes qui sont vivement ressenties et l'économie se transforme, la séparation est consommée entre l'Orient et l'Occident et le christianisme modifie les comportements, les pensées, bref paraît irriguer et informer la société. Ce sont tous les acteurs de cette évolution aux rythmes contrastés, sur fond de relative prospérité générale, que l'on veut convoquer. Les paysans qui se débattent entre aléas climatiques, terroirs ingrats et pesantes exigences des grands, les artisans qui s'affairent - y compris la nuit ! - dans les ateliers et les boutiques et produisent objets du quotidien ou chefs-d'oeuvre pour les élites, les commerçants qui sillonnent les routes et les mers de l'Empire. Il y a aussi les élites, si faibles en nombre, si riches en capital social : les fastueux courtisans de Constantinople, les puissants propriétaires terriens, les notables des cités encore attachés à leur idéal civique, et les nombreux fonctionnaires qui assurent, dans le maillage de l'Empire, le service de l'Etat, militaire et civil. Enfin les élites ecclésiastiques et les évêques, nouveaux patrons des communautés. Ces femmes et ces hommes se confrontent ou s'associent selon les cas, solidaires ou étrangers, puissants ou misérables, mais tous participent à la construction d'une société et d'un système qui, issus de l'empire romain, s'avèrent suffisamment stables pour fonder peu à peu l'Empire byzantin.

  • À Rome, religion et pouvoir sont étroitement imbriqués, comme le montre le relief en couverture du volume : autour de l'autel, le dieu (Mars en l'occurrence) et le magistrat veillent de concert à la clôture des opérations du census qui, tous les cinq ans, définissaient la place de chacun dans la communauté civique. Cet ouvrage permet de mieux appréhender les rapports entre religion et pouvoir dans le cadre des collectivités romaines, de la deuxième guerre punique à la fin des Sévères. Avec les pratiques rituelles pour fil conducteur, il privilégie trois problématiques : les institutions, les acteurs dans leurs espaces et pratiques, et les changements face à l'évolution des situations historiques. L'enquête est nourrie des renouvellements historiographiques opérés depuis deux générations dans l'histoire des refigions comme dans l'histoire politique et sociale du monde romain.

  • Cet ouvrage propose une réflexion sur quatre types d'étrangers installés ou de passage sur les littoraux européens et méditerranéens entre la fin du XVe siècle et le début du XIXe siècle : des marchands et des négociants installés à Bordeaux, à Nantes, à Hambourg et à Saint-Pétersbourg ; des artisans et des gens de mer qui migraient dans l'espoir de trouver un emploi qu'ils n'avaient pas obtenu dans leur pays, ou pour exercer un art original, comme les indienneurs arméniens établis à Marseille ; des populations qui se singularisaient sur des littoraux d'Europe par leur religion ou leur statut politique, comme des musulmans morts à Livourne, des colons de Saint-Domingue venus chercher refuge à Nantes et à Bordeaux à partir de 1791, et des Britanniques considérés comme des suspects dans les ports bretons pendant la guerre de Sept Ans ; des Européens installés à Tunis et à Alexandrie où la nation française formait une communauté de marchands et de résidents soucieux de défendre leurs intérêts commerciaux et juridiques.

  • Barbe Avrillot, épouse Acarie, est considérée à juste titre comme l'instigatrice, avec Pierre de Bérulle, de l'implantation en France de l'Ordre du Carmel, réformé par Thérèse d'Avila. Ce projet religieux s'inscrit à la fois dans l'histoire personnelle et familiale de "madame Acarie" - comme les historiens ont pris l'habitude de l'appeler - et dans le contexte de pacification religieuse et de réconciliation politique propre au règne d'Henri IV. Fille des guerres de Religion, mariée à un protagoniste de la Ligue, Barbe Avrillot contribue puissamment, dans les années qui suivent ledit de Nantes (1598), à convertir le combat armé des ligueurs contre les huguenots en un combat spirituel, voire mystique, par les armes de la prière et de l'ascèse. Elle mobilise son influent réseau d'amis, habitués pour la plupart de son hôtel du Marais à Paris, pour faire venir en France en 1604, non sans difficultés, un petit groupe de carmélites formées à l'école de Thérèse d'Avila. Devenue veuve, elle entre dix ans plus tard, en 1614, au carmel d'Amiens et y devient s?ur converse sous le nom de Marie de l'incarnation. Déplacée au monastère de Pontoise, elle y meurt en 1618. Elle est béatifiée sous le pontificat de Pie VI, en 1791, alors que le conflit s'envenime entre le Saint-Siège et la France révolutionnaire.

  • Le double désastre, militaire et politique, du printemps 1940 a jeté l'opprobre sur les chefs militaires français de la IIIe République finissante. Taxés d'incurie, ils auraient été incapables de comprendre les ambitions, la stratégie et la tactique allemandes. Pourtant, comme le démontre cette étude, les chefs militaires et les états-majors généraux qui les entouraient étudièrent avec attention l'évolution de la situation internationale au cours des années 1930. Nouant des liens nombreux et étroits avec le ministère des Affaires étrangères, ils poussèrent la coopération interministérielle diplomatico-militaire à un degré jusqu'alors jamais atteint.

    À partir de 1935, conscients du défi radical que constituait l'Allemagne nazie pour l'ordre européen, ils intervinrent à de nombreuses reprises pour orienter la décision de politique étrangère dans un sens favorable à la sécurité française. L'absence d'une véritable doctrine des relations internationales au sein du haut commandement, les désaccords stratégiques entre l'Armée, la Marine et l'Armée de l'Air et la prégnance des représentations culturelles et issues de l'expérience de 1914-1918 nuisirent cependant à la justesse de leurs évaluations et à l'efficacité de leurs interventions auprès des diplomates et des décideurs politiques.

  • Les révoltes populaires de l'époque moderne sont difficiles à documenter car la culture des insurgés est principalement orale et laisse peu de traces écrites. Mais la mémoire de tels événements a parfois été conservée sous forme de traditions orales (chansons, récits, légendes, prophéties...) qui, au cours de leur transmission dans le temps, ont pu influencer des sensibilités et des comportements. Ces productions culturelles sont connues lorsqu'elle ont été consignées par écrit au cours de la période moderne ou, plus souvent, recueillies lors d'enquêtes ethnographiques à partir du XIXe siècle. Depuis les révoltes urbaines des Pays-Bas au XVe siècle jusqu'aux soulèvements révolutionnaires des années 1790, en passant par la guerre des Paysans de 1525 ou les soulèvements cosaques dans la Russie des XVIIe et XVIIIe siècles, la prise en compte des traditions orales permet une lecture renouvelée des révoltes européennes de l'époque moderne et des mécanismes de constitution des mémoires sociales qui les accompagnent.

  • Donald Reid retrace ici l'histoire des luttes menées par les salarié(e)s de l'usine Lip de Besançon, qui ont marqué la France des années 1970 et servi de point de référence à de nombreux autres mouvements de lutte collective. L'affaire Lip est replacée dans le contexte des "années 1968", mettant en évidence la place centrale de cette collectivité de travailleurs dans les combats du monde ouvrier en France, entre la fin des "Trente glorieuses" de l'après-guerre et l'émergence du néo-libéralisme dans les années 1980.

    Lip, qui a incarné concrètement pour la première fois en France l'idéologie de l'autogestion, reste aujourd'hui dans les mémoires comme un événement emblématique des années 1968, mais l'affaire Lip fut aussi le précurseur de bien des réactions actuelles aux décisions touchant à la vie des travailleurs à l'heure de la mondialisation et du capitalisme des marchés.

    S'appuyant sur de nombreuses sources, dont beaucoup inédites, l'auteur rend compte de tous les aspects de cette "expérience Lip" : pratiques syndicales, enjeux idéologiques, rapports complexes à l'autogestion, au concept d'entreprise ; relations du mouvement à l'État, au patronat, aux centrales syndicales nationales, aux soutiens extérieurs (intellectuels, groupes d'extrême gauche, monde de la culture) ; place des femmes et groupes féministes. Par l'ampleur du champ couvert, l'ouvrage offre le tableau détaillé d'un moment crucial de l'évolution du monde ouvrier et de sa tentative de proposer une alternative au système capitaliste.

  • L'histoire des poches de l'Atlantique reste largement méconnue, fragmentée en de multiples récits locaux décrivant largement les combats et les combattants ou les souffrances des civils, sans analyser les enjeux politiques et militaires, sans présenter l'avant et l'après. Cet ouvrage ne prétend pas à l'exhaustivité, mais revient sur des thématiques méconnues ou des réalités souvent complexes. L'ouvrage s'organise en cinq parties : une première revient sur la constitution et l'histoire de ces fronts en distinguant deux réalités très différentes, les poches bretonnes et celles du sud-ouest.
    Une seconde partie s'intéresse aux enjeux de ces ports forteresses pour les belligérants, les Allemands et les Français. Les assiégés et les assiégeants sont au coeur de la troisième partie, en posant le regard sur les exemples concrets de Lorient et de Saint-Nazaire, mais également sur les combattants, les FFI, les forces françaises et les troupes de l'Est. La quatrième et la cinquième partie renouvellent l'histoire des poches en abordant des sujets originaux, la Libération et sa planification, l'épuration, la restauration de l'Etat, la reconstruction, en particulier par l'exemple de Saint-Nazaire, puis la mémoire et les commémorations.
    Cet ouvrage apporte une vision différente et originale de l'histoire singulière de ces poches de l'Atlantique.

  • Si Napoléon a muselé la presse dès son arrivée au pouvoir, il s'est aussi très tôt préoccupé de contrôler la publication des ouvrages non-périodiques, avec une attitude ambivalente vis-à-vis de la censure. Comment censurer les livres tout en laissant aux auteurs une apparence de liberté ? C'est contre les imprimeurs et les libraires que le pouvoir va sévir. Après les saisies arbitraires effectuées par la police dans les imprimeries et les librairies, un système de censure préalable est mis en place par le décret du 5 février 1810, qui instaure de surcroît l'obligation du brevet pour les imprimeurs et les libraires. Sous l'autorité du ministère de l'Intérieur et du directeur de la Librairie, des censeurs impériaux vont examiner chaque année plusieurs centaines de manuscrits.

    Les ouvrages jugés subversifs ou contraires aux bonnes moeurs sont interdits de publication, sans qu'aucun texte législatif ne définisse les abus de la liberté de la presse. La censure se donne également pour mission de diriger l'esprit public, faisant du livre un élément essentiel du système de propagande napoléonien. La police est cependant impuissante à empêcher totalement la circulation des écrits séditieux ou licencieux. Insatisfait du fonctionnement de la censure, Napoléon l'abolira pendant les Cent Jours.

    Fondé sur le dépouillement minutieux des rapports des censeurs et des archives de la police, cet ouvrage met au jour les rouages de la censure sous le Consulat et le Premier Empire, apportant ainsi un nouvel éclairage sur la production et la diffusion du livre durant les quinze premières années du XIXe siècle.

  • Le mai 68 des sportifs et des éducateurs physiques Nouv.

    Porteurs des espoirs et des utopies d'une génération, les mouvements sociaux du printemps 1968 représentent une crise majeure de la France du XXe siècle. La multiplicité des interprétations, loin de garantir une meilleure compréhension de cet "événement monstre", semble avoir contribué, au contraire, à la persistance du "mystère de mai".

    Si Mai 68 se révèle comme un objet difficile à cerner dans sa complexité, son appréhension au prisme des activités physiques et sportives permet d'en circonscrire les frontières. Alors que les mouvements de jeunesse sont "frappés de plein fouet" par les tensions qui traversent les nouvelles générations, l'idée selon laquelle "le monde du sport" serait resté totalement étranger aux clivages et aux mobilisations du printemps 1968 mérite d'être interrogée.
    />
    Que se passe-t-il vraiment dans les fédérations sportives, les pratiques de loisirs et l'éducation physique scolaire avant le printemps 1968 ? Qu'en est-il pendant le déroulement des événements eux-mêmes ? La sphère des sports et des loisirs physiques est-elle également concernée par la postérité de mai 1968 au cours des décennies suivantes ?

    L'ambition de ce livre consiste à se saisir de l'opportunité offerte par le recul du temps pour porter un regard neuf et distancié sur la crise du printemps 1968 dans l'univers des sports et des loisirs physiques. Il réunit les contributions d'historiens, de géographes et de sociologues visant à préciser dans quelle mesure mai 1968 manifeste une rupture ou une continuité dans le monde sportif. Il entend ainsi restituer les mutations à l'oeuvre au sein de "l'espace des sports" dans toute leur épaisseur historique.

  • Georges Grente (1872-1959) fut un évêque du premier XXe siècle tourné vers l'idéal du classicisme de la Cour au Grand Siècle. Évêque du Mans de 1918 à 1959, soit l'épiscopat le plus long du XXe siècle de tous les diocèses français, proche de l'archevêque de Paris, Mgr Dubois, il fut élu à l'Académie française en 1936. À défaut d'être choisi pour un siège archiépiscopal, il reçut du pape Pie XII le titre d'archevêque à titre personnel en 1943 et fut créé cardinal dix ans plus tard.

    Le présent volume constitue une première approche scientifique de l'oeuvre et de l'influence d'une figure majeure du clergé catholique français du XXe siècle.

    Ces travaux se sont fondés sur le Fonds Grente, récemment classé par le professeur Brigitte Waché, désormais accessibles aux archives diocésaines du Maine. C'est là le double intérêt de cet ouvrage, qui présente ce fonds inédit et invite, à travers ces premiers travaux, des chercheurs à poursuivre l'étude ici commencée.

  • Comparée à l'Indochine et l'Algérie, la décolonisation en Afrique occidentale française (AOF) est souvent présentée comme une décolonisation "réussie" et "exemplaire" tout en étant moins bien connue. Comblant cette lacune, Tony Chafer montre que si ce moment a effectivement été moins conflictuel en AOF que dans les autres colonies françaises, ce n'est pas la conséquence d'une stratégie réfléchie. Cela relève, à l'inverse, d'un processus complexe, fragmentaire et imprévisible dans la foulée de la Seconde Guerre mondiale, que les hommes politiques, tant français qu'africains, ne maîtrisaient que partiellement.

    En se basant sur une analyse détaillée des archives et sur des entretiens avec des acteurs de l'époque, cet ouvrage apporte des éléments cruciaux pour la compréhension du processus de décolonisation en Afrique de l'Ouest. Interrogeant le récit d'une indépendance octroyée par des hommes politiques français bienveillants, il propose une analyse nouvelle. Il met ainsi en perspective le rôle des pouvoirs français d'une part, et celui des leaders et du mouvement nationaliste africain d'autre part. L'éclairage proposé permet de mieux comprendre le contexte historique des relations complexes qu'entretient la France avec cette région du monde.

  • Le thème des rapports entre corps et voix dans les danses du théâtre antique touche à une forme originale de spectacle dont certains aspects peuvent apparaître très contemporains : plusieurs chorégraphes actuels font parler leurs danseurs, ou les font évoluer sur un support sonore de paroles (ou de chants). La problématique de l'ouvrage rejoint donc certaines questions qui se posent dans les spectacles d'aujourd'hui, même si le théâtre grec conserve ses caractéristiques spécifiques (notamment le port du masque, la langue grecque, la musique hellénique). Elle croise différentes approches (iconographie, mise en scène, métrique, musicologie, chorégraphie).

empty