Pu De Pau

  • Antoine Culioli, linguiste contemporain qui aura marqué de façon majeure les études linguistiques en France au XXe siècle, a peu travaillé le texte littéraire et a souvent exprimé son attachement à ce qu'il nomme « la langue ordinaire » comme lieu où se dévoile de façon privilégiée le voilé de l'activité de langage. Pourtant, chez Culioli, le texte littéraire, et en particulier le texte poétique, est souvent convoqué pour expliquer des phénomènes langagiers complexes. Antoine Culioli confie ainsi aux écrivains le soin d'illustrer des questions théoriques qui concernent l'activité langagière totale. Et même, interrogé sur sa théorie du langage par Claudine Normand, Antoine Culioli se tourne vers le domaine de l'art quand, partant d'une citation d'Alfred Brendel qui définit l'oeuvre d'art comme le lieu où le chaos doit scintiller sous le voile de l'ordre, il décrit l'activité de langage comme celle où le texte fait apparaître sous le voile de l'ordre linguistique le foisonnement épilinguistique. Cette généralisation, de l'oeuvre d'art vers le texte met au jour le lien particulier entre « langue littéraire » et « langue ordinaire » dans la pensée d'Antoine Culioli. Dans la littérature aussi, l'activité épilinguistique, définie comme « une activité dont nous n'avons pas conscience et qui sans arrêt travaille sur ces mises en relation entre le caché, le pas dire non, le ceci ou le cela », permet de révéler, à travers le travail sur la langue qu'opèrent les écrivains, la tension sous-jacente, le différé de l'accès au sens, inhérents à toutes pratiques langagières, et le texte littéraire peut alors bien devenir, pour les linguistes, un terrain privilégié pour observer la mise en oeuvre du langage.
    Ce volume, qui constitue en partie les actes du colloque « La Théorie d'Antoine Culioli et la littérature » qui s'est tenu à Pau en octobre 2016, rassemble des contributions, portant sur le français, l'anglais, le portugais du Brésil et le japonais, qui interrogent à divers niveaux, les liens entre marqueurs d'opérations langagières et construction du sens dans le texte littéraire à l'aide des outils mis en place par la Théorie des Opérations Prédicatives et Énonciatives d'Antoine Culioli. Il cherche à proposer des pistes d'analyse pour une mise en regard opératoire entre théorie du langage et théorie de la littérature.

  • « Toute linguistique est par définition saussurienne ». En effet Saussure ouvre la voie à la linguistique moderne en systématisant une pensée de la langue reposant sur la définition de « langue, langage, parole » et sur la construction d'une théorie du signe. Le Cours de linguistique générale s'est imposé comme un texte fondateur, dont la lecture a permis l'avènement entre autres du structuralisme et de la sémiotique. De nombreux écrits parallèles montrent que Saussure s'intéressait à la littérature et que sa lecture des textes classiques, notamment, influença et infléchit sa réflexion sur le langage. Se demander en quoi Saussure nous aide à penser la littérature, revient à interroger les écrits du « premier linguiste » comme « poétique interrompue » et à voir comment ses concepts permettent a posteriori de théoriser les principes de critique génétique, ou même d'investir le champ de la littérature contemporaine.
    Avec les contributions de M. Arrivé, J. Cho, D. Delas, G. Dessons, F. Gandon, J.-G. Lapacherie, Ch. Laplantine, S. Martin, L. Mourey et P.-Y. Testenoire.

  • Émile Benveniste (1902-1976), grand linguiste français du XXe siècle, spécialiste avant tout du domaine indo-européen et auteur d'une linguistique générale qui reste un fondement pour la réflexion sur le langage et les langues, s'est intéressé toute sa vie au langage poétique. Cet intérêt apparaît ponctuellement dans ses travaux sur le langage, les langues et cultures ou encore dans quelques textes plus « littéraires ». Ses travaux de linguistique générale ouvrent déjà, en eux-mêmes, sur le problème du langage poétique, et permettent de faire du poème un champ de réflexion possible pour le linguiste. On sait maintenant, grâce à la publication de ses manuscrits sur « la langue de Baudelaire », qu'il avait engagé l'écriture d'un important travail critique sur cette question : « La théorie de la langue poétique est encore à venir . Le présent essai a pour but d'en hâter un peu l'avènement ».
    Ce volume cherche à mettre en regard les travaux inachevés, parvenus jusqu'à nous sous forme de notes manuscrites, avec les Problèmes de linguistique générale. Il constitue les actes du colloque « Émile Benveniste et la littérature » qui s'est tenu en avril 2013 à Bayonne. Les contributions rassemblées ici questionnent de manières diverses le rapport d'un linguiste avec le langage poétique, ses méthodes d'investigation, ses préoccupations terminologiques, et poursuivent en même temps, avec lui, la recherche actuelle d'une poétique.

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