Presses Universitaires Du Septentrion

  • La transmission, dans le cadre scolaire comme dans l'espace public, de l'histoire des crimes de masse et des crimes contre l'humanité des régimes et mouvements fascistes des années 1930-1940, en particulier la destruction des juifs d'Europe, mais pas seulement, est un objectif dont la réalisation ne va pas de soi. Ces difficultés sont encore amplifiées par une distance temporelle croissante d'avec ces événements et la disparition progressive des derniers témoins directs de cette époque.
    La transmission de ce passé douloureux et problématique passe par un véritable travail d'histoire et non pas par des injonctions mémorielles, quelles qu'elles soient, et aussi légitimes qu'elles puissent paraître de prime abord.
    Elle implique de faire accéder à la complexité des faits ainsi qu'à la pluralité des protagonistes et des catégories de victimes de cette criminalité.
    Mais comment ce travail d'histoire, et de mémoire, peut-il s'effectuer ? Quels sont les différents écueils qu'il engendre potentiellement ? Qu'est-ce qui est au contraire susceptible de le faciliter ?
    Ce dossier de la revue En Jeu est consacré à ces questions.
    Loin de céder à un sentiment d'impuissance, il vise à promouvoir un travail d'histoire et de mémoire de la criminalité de masse du nazisme qui soit aussi délesté de toute naïveté.

  • Depuis de nombreux siècles vivent en Europe des communautés juives dispersées. Soumises à des persécutions, s'adaptant aux contextes les plus divers, longtemps organisées sur base d'une relative autonomie religieuse et corporative, elles se sont trouvées confrontées à la fin du XVIIIe siècle, dans le cadre de la constitution de puissants Etats nationaux ou multi-ethniques, à un nouveau modèle d'intégration et d'émancipation politiques. Le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle furent marqués à leur tour par la "question juive" de façon pour ainsi dire indélébile dans notre mémoire collective européenne en raison du génocide perpétré par le IIIe Reich.

    A l'heure de la construction européenne mise en place après la Seconde Guerre mondiale en vue d'une unification économique et politique, il nous est apparu utile de faire le bilan de l'expérience juive spécifique au sein de ces processus à la fois en tant que telle et comme révélatrice de conflits d'autres natures, dans et entre les Etats constamment engagés dans des luttes d'hégémonie politique, de conquête de marchés ou de territoires. En lançant un appel à contributions pour un dossier intitulé " L'Europe et "ses" Juifs ", En Jeu espérait actualiser et compléter cette réflexion à un moment hautement significatif pour notre époque marquée, de façon éminemment contradictoire, d'une part par le déclin sinon l'épuisement historique de la forme "Etat-nation" sous la pression.

  • Au coeur des sciences sociales, le rôle du langage est considéré avec toujours plus d'attention. L'analyse des pratiques sémantiques soulève des enjeux marquants lorsqu'il est question de l'histoire et des mémoires des faits traumatiques du passé. Les mots désignant le mal au XXe siècle, c'est-à-dire les crimes de masse, les guerres, les dictatures, etc., sont ainsi l'objet d'usages divers et parfois contradictoires qui ne parviennent pas toujours à produire de la clarté et de l'intelligibilité. Ce dossier évoque par conséquent ces usages et mésusages afin de proposer une réflexion sur les manières de mettre les mots au service d'une meilleure compréhension du passé plutôt qu'au service de sa manipulation et de son brouillage.

    L'importante question de la qualification des crimes de masse est examinée dans l'introduction de ce dossier, qui est loin d'être exhaustif (Charles Heimberg). D'autres mots du mal, d'autres manières d'évoquer le mal, sont ensuite abordés.

    C'est d'abord le cas du recours à la notion de "Moyen Âge" pour désigner, en termes dépréciatifs, des phénomènes contemporains [Laurent Broche). Le terme "devoir de mémoire", censé contribuer à la prévention des retours du mal, se révèle fonctionner à la fois comme un remède et comme un poison (Sébastien Ledoux). L'usage des mots du mal est aussi affaire d'expériences et de points de vue. Ainsi en va-t-il des manières dont sont nommés les camps français subis par les républicains espagnols : qualifiés de camps de concentration, selon les termes de l'époque, dans la langue de leurs victimes et de camps d'internement du point de vue français, ce qui nécessite pour le moins des explications [Geneviève Dreyfus-Armand). Si le concept d'Hannah Arendt de "banalité du mal" a été forgé au moment du procès d'Adolf Eichmann, cette formule a été à la fois mal comprise dans l'espace public et pas suffisamment approfondie par son auteure. Elle ne fait pourtant plus partie des idées qui attirent le plus l'attention dans l'oeuvre arendtienne (Rémi Baudouï). C'est d'ailleurs aussi le cas avec le "totalitarisme", qui n'a guère rendu possible une appréhension complète de ce qu'ont été la société est-allemande et son histoire (Carol-Ann Bellefeuille).

    Enfin, partant du paradoxe entre la quête d'une compréhension des mécanismes du mal des années 1940 par Germaine Tillion et Geneviève De Gaulle-Anthonioz et la manière dont l'une et l'autre ont été célébrées par François Flollande au moment de leur entrée au Panthéon, il y a lieu de s'interroger sur les effets contre-productifs de la sidération et de la sacralisation des maux du passé, en particulier de la Shoah (Cécile Vast).

    Dans ce numéro, Jacques Aron revient également sur la publication récente des Journaux d'Alfred Rosenberg et l'examine d'un point de vue critique. Enfin, la chronique des enjeux d'histoire scolaire de Laurence De Cock et Charles Fleimberg évoque des ouvrages d'histoire récents susceptibles d'inciter l'enseignement de l'histoire à retrouver les discontinuités du passé, défataliser l'histoire et dépasser les idées reçues.

  • Ce nouveau numéro de la revue En Jeu réunit des articles portant sur le système concentrationnaire nazi, les camps allemands, leurs statuts, leurs fonctionnements et leurs évolutions, leurs mémoires enfin, à travers l'exemple des parcours des victimes françaises de la répression et de la persécution. Ils sont pour la plupart le fruit de recherches menées depuis quelques années dans la continuité du Livre-Mémorial édité en 2004 par la Fondation pour la mémoire de la déportation, qui ont permis d'enrichir nos connaissances sur ces sujets. Sont étudiés le statut spécifique et les rôles successifs du camp de Schirmeck, en Alsace annexée ; la formation par les services nazis de convois d'inaptes au travail, conduits dans des camps-mouroirs ; ainsi que l'utilisation du procédé Hollerith, ou comment le recours à des fichiers mécanographiés a pu servir la gestion des effectifs concentrationnaires. Un autre article s'intéresse aux mémoires de ces camps et à l'émergence du haut-lieu de mémoire sur le site de Natzweiler-Struthof.

    A partir du fonds photographique du journal collaborationniste Le Matin, une étude revient sur la rafle dite du billet vert, en mai 1941 à Paris, la première des grandes rafles ciblant les Juifs de France, la première aussi à avoir été photographiée par des journalistes de presse.

  • En décembre 2018, la Fondation pour la mémoire de la Déportation, soutenue par l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, a organisé une journée d'études consacrée au thème Répression et déportation en Europe. Espace et histoire, 1939-1945 (recherche et pédagogie), inscrite dans la préparation du Concours national de la Résistance et de la Déportation. Soucieuse de sa vocation de transmission et de valorisation des résultats des recherches les plus récentes sur la Seconde Guerre mondiale, la revue En jeu. Histoire et mémoires vivantes propose dans cette livraison plusieurs contributions présentées lors de cette journée d'études. Ce dossier ne prétend naturellement pas aborder l'ensemble des enjeux de l'historiographie de la Seconde Guerre, néanmoins il offre sur plusieurs sujets majeurs des approches synthétiques et stimulantes. Dans un contexte où se multiplient les querelles à propos de l'histoire et de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, dans un moment où le statut de la vérité en histoire n'a jamais été aussi incertain, il importe de lire ces travaux scientifiques dus à des spécialistes reconnus des sujets abordés, auteurs de recherches originales et récentes.

    Les contributions ici présentées permettent donc de disposer d'un état des lieux des recherches sur de multiples aspects de l'histoire de la répression et de la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale. Fabrice Grenard, responsable du Département recherche et pédagogie de la Fondation de la Résistance, étudie ici la répression des maquis par les forces d'Occupation allemandes en France. Cécile Vast, conseillère scientifique du Musée d'histoire de la Résistance et de la déportation de Besançon, propose une approche comparée des politiques de répressions conduites par l'Allemagne nazie dans l'ensemble de l'Europe. Thomas Fontaine, directeur du Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne, offre une présentation synthétique de la politique de déportation menée depuis la France par l'Allemagne. Directeur de recherches au CNRS, Laurent Joly analyse de manière particulièrement précise et nuancée la politique du régime de Vichy à l'égard des Juifs. Chargé de recherches au CNRS, llsen About s'interroge sur les mécanismes d'oubli et de résurgence de la mémoire de l'internement en France et de la déportation des nomades. La chronique des enjeux d'histoire scolaire de Laurence de Cock et Charles Heimberg dénonce la censure subie par une enseignante de Palerme, rappelant ainsi que l'enseignement de l'histoire aussi bien que la recherche historique demeurent des activités parfois contraintes, et pourtant décisives et précieuses.

  • Après avoir consacré ses six premières livraisons à des dossiers thématiques, la revue En Jeu. Histoire et mémoires vivantes publie son premier numéro Varia. Le dossier est divisé en deux parties : quatre articles portent sur des crimes de masse (en Amérique latine) et des génocides du XXe siècle (génocide des Juifs et génocide rwandais), thématiques centrales de la revue ; trois articles rédigés par des médecins spécialistes sont consacrés aux conséquences psychologiques de la déportation.

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