Gallimard

  • « Je rêve d'un itinéraire qui m'apprenne à danser, à me départir de la dictature du on, pour progresser vers une complète déprise de soi. L'homme qui écrit ces lignes, pourquoi le cacher, a sombré au fin fond d'une addiction qui a bien failli le perdre. [...] C'est cette aventure que je m'apprête à retracer, convaincu que le philosophe ne plane pas en dehors de la cité, dans le ciel des idées, mais qu'il s'assigne pour tâche de traverser les tourments d'une vie, de scruter ce qui met en échec sa volonté et le tire vers le bas, d'aider tout un chacun à ne plus craindre le chaos pour l'habiter, allègrement. » Ce voyage au fin fond de la dépendance, cette invitation au gai acquiescement de soi emprunte deux versants. Sous la forme d'un traité, sont explorées les voies qui conduisent à la grande santé, au joyeux dire oui. En contrepoint, dans des fragments, une autre voix se donne à entendre. A la troisième personne, lointaine et pourtant si intime, l'auteur narre sa singulière quête de liberté en plein chaos. Chemin faisant, Alexandre Jollien nous livre un carnet de route, un véritable traité de déculpabilisation. Cet essai de philosophie pratique dessine un lumineux art de vivre surgi du fond du fond.

  • En 2020, alors que le monde bascule dans une crise sanitaire sans précédent et que la France paie au prix fort son impréparation, le professeur Juvin, qui est aussi maire, entame le journal du tsunami Covid. Ce document brut d'histoire immédiate montre l'homme face à la déferlante.
    Soignants et malades sacrifiés faute de moyens, pénuries, failles d'organisation et de commandement, erreurs et parfois mensonges : la gestion du coronavirus a abîmé la confiance des Français. Comment le « meilleur système de santé du monde » a-t-il ainsi pu perdre la bataille ? Pourquoi n'étions-nous pas prêts ? Pourquoi ne le sommes-nous toujours pas, un an plus tard ?
    « Je ne tromperai jamais leur confiance », dit le serment d'Hippocrate. C'est pour tenir cet engagement que le professeur Juvin appelle, en marge de ses souvenirs brûlants, à la réforme urgente de notre système de santé et à un profond changement dans notre façon de conduire la nation, en cas de crise et au-delà.

  • Le procès de Nicolas Sarkozy et de son avocat Thierry Herzog, prévu du 23 novembre au 10 décembre, sera le temps fort de l'actualité judiciaire et médiatique de l'automne. Ils sont tous deux jugés pour corruption dans l'affaire des écoutes téléphoniques, dite affaire Paul Bismuth. Dans ce procès très attendu, Hervé Temime est l'avocat de son ami de toujours, Thierry Herzog. Malraux : « La vérité d'un homme c'est d'abord ce qu'il cache. » La défense du secret est le fil rouge d'un texte humain, qui est tout du long un hommage au métier d'avocat. Dans La vérité des hommes, Hervé Temime explique pourquoi il est depuis toujours un ardent défenseur du secret dans la vie professionnelle et personnelle. Il revient sur sa trajectoire d' « avocat des puissants » ; raconte des affaires judiciaires connues et méconnues ; analyse les mécanismes de la justice française avec ses failles et ses forces ; explicite, non sans ironie, ses rapports avec les médias. La société française de plus en plus judiciarisée, comme le montre encore aujourd'hui la crise du Covid-19, prône la transparence et le jugement. Hervé Temime plaide pour le droit au secret et à l'ambiguïté. Nos libertés en dépendent. Il n'y a pas une vérité des hommes.

  • Primitivismes II ; une guerre moderne Nouv.

    Primitivismes, une invention moderne cherchait à montrer comment et pourquoi l'Europe, à la fin du XIXe siècle, fait du primitif une idée essentielle : au temps de l'expansion coloniale et de la naissance de l'anthropologie, ce primitif s'incarne dans les « sauvages », les fous, les préhistoriques et les enfants. Primitivismes II, une guerre moderne continue l'étude des fondements et des usages de la notion jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Trois thèmes s'y tressent.
    Les arts d'Afrique, d'abord : ceux-ci, après avoir brièvement participé à l'histoire des avant- gardes avec Apollinaire et Picasso, sont captés dans l'entre-deux-guerres par la mode nègre qui se développe en accord avec le discours colonialiste et raciste. Elle les réduit à l'état d'objets décoratifs, sinon publicitaires. Le refus de cette appropriation, ensuite : par ses écrits, ses revues et ses actes, le surréalisme oppose l'Océanie telle qu'il la rêve à ce trop bel art nègre. Dans le même mouvement, il construit une autre histoire et une autre géographie de la création. Celles-ci donnent aux cultures amérindiennes, du Nouveau-Mexique à l'Alaska, à la préhistoire et aux peuples « barbares » anciens, la place qui leur était refusée. Cette contre- culture s'oppose au récit habituel qui veut que la Grèce soit le berceau de la civilisation. Le néo- classicisme s'imposant comme le style des totalitarismes soviétique et nazi, l'affrontement est donc idéologique et politique autant que culturel. Ainsi apparaît la notion de guerre, qui donne son sous-titre au présent volume. Quand Dada fait scandale par le grotesque et le rudimentaire, il se déclare l'adversaire des sociétés occidentales si développées, coupables des carnages de la Première Guerre mondiale. Le surréalisme, à sa suite, attaque l'ordre du monde occidental - rationnel, standardisé, obsédé par le progrès et le profit - et veut susciter ou ressusciter le temps de la poésie, de la magie et de la liberté naturelles.

  • Entre l'enfant d'une dizaine d'années venu avec sa mère et l'adulte venant seul, de nombreuses raisons ont poussé Marcel Proust à se rendre à Cabourg. Proust fera trois séjours à Cabourg, y séjournera quinze mois. Balbec (pourl'essentiel Cabourg) est le lieu le plus cité dans La Recherche...
    Le Grand Hôtel, le Casino, la digue, la plage, les environs... seront un cadre idéal pour peindre sa grande fresque sociale, guidé par des « informateurs » précieux comme les d'Alton dont on découvre le rôle.

    Jean-Paul Henriet, qui connaît aussi bien l'oeuvre que la correspondance de Proust, révèle où demeurait le vrai M. Swann, où peignait Edouard Vuillard, les mystères d'un certain Combray... en Pays-d'Auge, où se cache l'église « persane » de Balbec... Il montre aussi au lecteur le « petit chemin de fer d'intérêt local », le Mont Saint-Michel de Proust, le yacht Hélène, les taximètres Unic, le maire Charles Bertrand, le yacht Aimée et la double noyade de Lantelme, le rôle méconnu de Cambremer, Mme Lerossignol (sa fleuriste d'Houlgate), ses amis à Cabourg et dans les environs...

    Plus de 300 documents, souvent inédits, certains exceptionnels, nous montrent Proust à Balbec comme nous ne l'avions encore jamais vu.
    La découverte d'un monde fascinant, merveilleux et tourmenté, dont l'exploration, pour notre plus grand bonheur, n'est jamais tout à fait terminée !

    En partenariat avec le Département du Calvados et la Région Normandie

  • Azadi Nouv.

    Azadi signifie « liberté » en ourdou. Il s'agit, à l'origine, d'un cri de ralliement cachemiri contre le gouvernement indien qui a été repris par le peuple lui-même pour protester contre ses dirigeants.
    Dans ce recueil d'essais brûlants d'actualité, Arundhati Roy nous met au défi de réfléchir sur le sens de la liberté dans un monde où l'autoritarisme va croissant. À travers ces textes, et ces temps troublés, elle explore l'importance du langage, le rôle de la fiction et de l'imagination, ainsi que les répercussions de la crise sanitaire sur la société indienne.
    Pour Arundhati Roy, la pandémie que nous traversons fait figure de portail entre un monde et un autre. En dépit de la maladie et de la dévastation qu'elle produit dans son sillage, elle représente peut-être aussi une chance pour l'humanité d'inventer un monde différent.

  • À l'heure du 'changement' et de la 'mondialisation', le 'village' continue d'être présent dans la mémoire et l'imaginaire des Français. Mais le divorce entre le mythe et la réalité n'a jamais été aussi flagrant. À l'ancienne collectivité, rude, souvent, mais solidaire et qui baignait dans une culture dont la 'petite' et la 'grande patrie' étaient le creuset, a succédé un nouveau monde bariolé où individus, catégories sociales, réseaux et univers mentaux, parfois étrangers les uns des autres, coexistent dans un même espace dépourvu d'un avenir commun.
    Telle est la conclusion de l'enquête menée par Jean-Pierre Le Goff pendant plusieurs années sur les évolutions d'un bourg du Luberon depuis la Seconde Guerre mondiale. Il s'est immergé dans la vie quotidienne des habitants, a interrogé beaucoup d'entre eux, consulté des archives, recueilli les documents les plus divers. Le tableau qu'il brosse est saisissant. À rebours des clichés et d'une vision idéalisée de la Provence, les anciens du village ont le sentiment d'être les derniers représentants d'une culture en voie de disparition, face aux modes de vie des néo-ruraux et au tourisme de masse. Animation culturelle et festive, écologie et bons sentiments, pédagogie et management, spiritualités diffuses se développent sur fond de chômage et de désaffiliation. Les fractures sociales se doublent de fractures culturelles qui mettent en jeu des conceptions différentes de la vie individuelle et collective.
    C'est donc un microcosme du mal-être français que l'auteur décrit au plus près des réalités, en s'interrogeant sur ce qu'il est advenu de l'ancien peuple de France et sur les défis qu'un nouveau type d'individualisme pose à la vie en société.

  • Dans un moment où l'histoire des cultures est en cours de réécriture et ne peut plus être réduite à la chronique des avant-gardes occidentales, et alors que les études postcoloniales ont plusieurs décennies d'ancienneté, une notion est demeurée jusqu'ici à l'abri de toute révision critique : primitivisme. Le mot est d'usage courant dans la langue de l'histoire de l'art autant que dans celle de la critique et du marché de l'art actuel. La notion dont il est dérivé, primitif, ne saurait plus être employée. Mais primitivisme résiste, fort de l'autorité qu'acheva de lui conférer une exposition célèbre du MoMA de New-York en 1984 et les noms de ses plus fameux artistes - Gauguin, Matisse, Picasso, Kirchner, Nolde, Kandinsky, Klee, Miró, Giacometti, etc. - et de ses plus illustres écrivains - Jarry, Apollinaire, Cendrars, Tzara, Breton, Éluard, etc.
    Aussi est-il nécessaire de mettre à nu tout ce qu'il contient de sous-entendus et de stéréotypes depuis que primitif, dans le dernier tiers du XIXe siècle, est une notion centrale de la pensée occidentale. Premier constat flagrant : le colonialisme des puissances européennes, avec ce qu'il suppose de racisme et de conquêtes, est la condition nécessaire du développement de l'ethnologie, de l'anthropologie et des musées. Sans colonies, pas de collections africaines et océaniennes à Berlin, Londres et Paris ; ni de « village canaque » ou « du Congo » dans les Expositions Universelles. Moins attendu : par primitif, cette époque entend évidemment les « sauvages », mais aussi les enfants, les fous et les préhistoriques. Qu'ont-ils en commun ? De n'être ni civilisés, ni rationnels au sens où l'époque veut l'être : ces primitifs sont le contraire des hommes modernes, urbains, savants, industrialisés et surpuissants. En un mot, le primitif est l'envers du moderne, son opposé, sa négation, ce qui résiste au mouvement général qu'on nomme progrès. Freud est l'un de ceux qui l'a écrit le plus tôt.
    Ph. D.

  • En janvier 1954, un jeune critique nommé François Truffaut publie dans les Cahiers du cinéma un violent pamphlet qui dénonce la « tradition de qualité française » et préfigure la Nouvelle Vague. Le retentissement est tel qu'il déchaîne contre lui la jalousie virulente de nombreux confrères, mais lui ouvre les portes de l'hebdomadaire Arts-Spectacles. Truffaut y publiera plus de cinq cents articles en cinq ans. Une critique directe et sans concession, inédite dans la presse d'alors : « Pour la première fois, au lieu de dire : «C'est bon ! C'est mauvais !» j'ai commencé à essayer d'imaginer comment ça aurait pu être bon ou pourquoi c'était mauvais. » Truffaut y pilonne les institutions et les professions du cinéma (festivals, syndicats, production...), fomente des polémiques qui resteront célèbres (avec Delannoy, Autant-Lara...), dresse un portrait de ses acteurs et réalisateurs de prédilection (Marilyn Monroe, James Dean, Hitchcock, Lang, Hawks, Guitry, Ophuls, Renoir...), défend les aspirations d'une nouvelle génération (Varda, Rivette, Vadim, Bresson...). Il cultive ses goûts et affiche ses dégoûts, et le temps lui donnera souvent raison...

    Pour Truffaut, écrire sur le cinéma, c'est déjà en faire, mais la critique n'est pour lui qu'un viatique. Dès août 1957, il s'en éloigne en réalisant Les Mistons et ses derniers articles évoquent déjà le regard d'un cinéaste...

    Édition établie et annotée par Bernard Bastide.

  • Depuis 1821, l'Ecole nationale des chartes forme les cadres de la conservation du patrimoine des chercheurs et des enseignants-chercheurs dans le domaine des sciences historiques et philologiques. Ecole d'excellence, elle constitue une institution unique et originale par le rassemblement de compétences indispensables à la compréhension historique du passé de la France : paléographie, diplomatique, archivistique, sigillographie, numismatique, histoire du livre, philologie, histoire du droit, histoire de l'art, archéologie.
    Au cours de ses 200 ans d'existence, l'Ecole a participé à tous les mouvements de l'histoire de France : Révolution de 1848, Affaire Dreyfus, guerres mondiales, décolonisation, mai 1968, décentralisation, révolution numérique. Au service des archives, des bibliothèques, des musées, des entreprises, de la recherche et de l'université, ses anciens élèves ont accompagné le développement d'une prise de conscience patrimoniale, en France et même hors des frontières.
    Aujourd'hui elle relève les défis contemporains et poursuit sa vocation de transmission de méthodes et de savoirs au service de la conservation et de l'étude des sources de l'histoire.

  • C'est seulement autour de 1940 qu'on parle de la Belle Époque. Ces quelques années qui précèdent la Première Guerre mondiale ont suscité beaucoup de curiosité, maintes recherches, mais rarement donné un tableau d'ensemble. Tel est l'objet du présent ouvrage. Il a l'ambition d'embrasser toutes les facettes de ces deux décennies brillantes, remuantes, d'un essor économique remarquable, d'une créativité sans égale, traversées néanmoins de conflits récurrents, violents, parfois meurtriers.
    Antoine Prost va à la rencontre des Français, dans leurs villages, leurs quartiers, leurs échoppes, leurs ateliers... Il interroge leur quotidien, leurs traditions, leurs habitudes alimentaires, leur manière de se vêtir, leur hygiène précaire, leur intimité... Il restitue les passions qui les travaillent et les opposent, sur la place des ouvriers dans la Cité, la religion, l'école, la laïcité - en plein conflit entre l'Église et l'État ; mais aussi sur la mission de l'armée dans la République, alors que la France achève ses conquêtes coloniales, fière d'être redevenue une grande puissance.
    À la veille d'une guerre que peu voient venir, la France est-elle en mesure de la soutenir ?
    Cette société divisée entre des élites toujours puissantes et un peuple toujours pluriel d'où commencent à émerger des classes moyennes a pourtant trouvé dans la République son principe d'unité. Tel est le legs méconnu de la Belle Époque. En la revisitant, ce livre fait comprendre comment le pays a pu traverser sans se défaire quatre années d'épreuves terribles qui allaient le transformer en profondeur.

  • «J'ai toujours pensé que dans mon activité de critique de cinéma le reportage, l'entretien, l'hommage, l'essai et la controverse sont intimement liés. Ce livre en est le reflet. Il rassemble, en cinq grandes parties, un choix d'une cinquantaine de textes publiés sur plus d'un demi siècle. Tous témoignent d'une curiosité inlassable et d'une défense de nombreux films qui m'ont confirmé dans l'idée que le cinéma est un art vivant et novateur.» Enquêtes sur les cinémas soviétiques, sur la comédie italienne, reportages de tournage, rencontres avec Coppola ou Gainsbourg, hommages aux metteurs en scène chers à l'auteur, de Resnais à Polanski, de Sautet à Wilder, réflexions sur le statut et les limites du critique de cinéma... Michel Ciment nous fait partager la passion d'une vie consacrée au septième art.

  • La dynamique conquérante des populismes, particulièrement en Europe, est le symptôme d'un problème démocratique. Elle reflète ce phénomène considérable de l'antipolitique qui est à la fois le rejet de toute politique et l'aspiration à une autre forme de régime.

    Après l'ère de la démocratie des partis et des parlements au sortir de la guerre, puis au tournant du siècle, la démocratie du public, marquée par le déclin des cultures politiques traditionnelles, le recul des grands partis et le personnalisation du pouvoir, sa présidentialisation et sa médiatisation, nous entrons dans une nouvelle ère, qu'Ilvo Diamenti et Marc Lazar appellent la « peuplecratie ».

    La peuplecratie résulte d'un double processus. D'une part, l'ascension des mouvements et partis populistes ; de l'autre, par effet de contamination, la modification des fondements de nos démocraties. Les populistes sacralisent le peuple souverain dans le même temps où ils s'attaquent aux représentants politiques et se livrent à une critique radicale des formes institutionnelles organisant cette même souveraineté populaire. Le peuple est systématiquement valorisé en tant qu'entité homogène, porteur de vérité et considéré comme fondamentalement bon, par opposition aux élites supposées sans racines nationales. Cet antagonisme, à l'heure de la prise immédiate de parole numérique, donne une nouvelle vigueur et une toute autre dimension à la vieille idée de l'expression directe, voire référendaire, de l'opinion vraie des « vraies gens ». Ainsi, est altérée la signification de la démocratie en tendant à récuser la représentation et les contre-pouvoirs ; ainsi est favorisée la montée en puissance des figures, pour le moins autoritaires, de l'incarnation.
    Cet ouvrage, qui a eu en Italie un formidable écho, réfléchit à partir de la France et de l'Italie à l'émergence sous nos yeux de la peuplecratie.

  • Emmanuel Pierrat, avocat spécialisé dans le droit de la culture, auteur de nombreux essais et chroniqueur juridique, se passionne depuis une trentaine d'années pour l'art africain. Plus généralement, son activité l'amène à observer de près le marché de l'art, le fonctionnement des musées et la politique des États en matière de sauvegarde du patrimoine. Étant lui-même collectionneur d'art tribal, et en particulier d'art africain classique, il a arpenté la plupart des musées liés à l'art africain de France, d'Europe ou d'Afrique, continent où il se rend plusieurs fois par an.
    S'appuyant sur une documentation très complète, Emmanuel Pierrat analyse la complexité de la question de la « restitution » des oeuvres d'art africaines et invite à ne pas prendre position trop hâtivement dans un débat relancé sous forme de polémique depuis le discours d'Emmanuel Macron au Burkina Faso en novembre 2017. Celui-ci avait en effet déclaré : « Je veux que d'ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique. » avant de commander à Bénédicte Savoy et Felwine Sarr un rapport, qui a suscité de multiples réactions à travers le monde.
    Alors que le rapport Sarr-Savoy insiste sur la nécessité de « rendre » les oeuvres d'art à l'Afrique et fixe un calendrier devant s'appliquer sans tarder, Emmanuel Pierrat dresse un panorama complet de la question afin d'écarter les affirmations simplificatrices ou moralisatrices qui finiraient par entraver l'accès à la culture.

  • Ce volume reproduit les textes composés par Simone Weil dans la dernière année de sa vie, parallèlement à L'Enracinement, entre juillet 1942 et sa mort le 24 août 1943.
    Le 14 mai 1942, Simone Weil et ses parents embarquent à Marseille pour Casablanca, puis New York, où ils arrivent le 6 juillet. À côté d'articles destinés à informer le public américain sur les problèmes français, qu'elle ne parviendra pas à publier, Simone Weil poursuit sa réflexion sur les sujets philosophiques ou spirituels qui la préoccupaient à Marseille. Elle donne lieu à deux textes importants, Israël et les «gentils» et la Lettre au père Couturier. Le premier développe son projet de « purger » le christianisme de la présence en lui de la tradition hébraïque, en promouvant au contraire la présence en son sein de l'hellénisme. Le second expose les pensées que Simone Weil déclare porter en elle depuis des années et qui font obstacle à son adhésion à l'Église.
    Ayant installé ses parents aux États-Unis, Simone Weil quitte New York pour Londres qu'elle rejoint le 14 décembre 1942. Elle devient « rédactrice » dans les services de la France libre.
    En dépit de leur caractère conjoncturel, lié aux circonstances de la guerre, les écrits de cette période esquissent « les grandes lignes d'une doctrine », comme l'avait justement souligné Simone Pétrement. Qu'il s'agisse de sa fameuse Note sur la suppression générale des partis politiques, de ses réflexions sur la nature de la guerre, sur la question coloniale, sur le statut de la minorité juive ou sur la constitution à envisager pour l'après-guerre, ils témoignent de son souci constant de redonner une inspiration spirituelle à la politique. En quoi ils rejoignent les thèmes de L'Enracinement.

  • Jamais n'a été proposé une visite aussi particulière, aussi étonnante : à l'intérieur de la Comédie-Française sont disposées - sur trois étages - quarante loges réservées aux soixante sociétaires et pensionnaires de la troupe. Une même clé ouvre toutes ces loges qui chacune raconte une histoire de théâtre, de scène, de mots de Molière et d'autres auteurs, de rythmes, de scansions et de phrasés. Avant-propos par Éric Ruf et Alain Borer (sous réserve).

  • Entamé au lendemain de l'élection de Donald Trump, ce texte se présente comme un guide de résistance, proposant aux Américains - mais aussi à l'Europe - un bref catalogue d'idées pour préserver les libertés dans les années à venir. Snyder exhorte ses compatriotes à ne pas se croire supérieurs aux habitants du Vieux Continent, et à ne pas se persuader que leurs institutions les mettent à l'abri d'un régime autoritaire.
    En 20 chapitres didactiques, l'historien retrace les différentes étapes de la montée du nazisme et du stalinisme, pour aider le lecteur à identifier et comprendre les parallèles entre la situation actuelle aux États-Unis et l'histoire de l'Europe du XXe siècle. Snyder propose une série de préceptes élémentaires : ne pas faire preuve d'obéissance anticipée, protéger les institutions, faire attention aux mots et s'élever contre l'usage dévoyé des termes patriotiques, chercher la vérité des faits, refuser l'État à parti unique, se sentir responsable du monde...
    Ce bréviaire tonique pour temps difficiles devrait intéresser le public français, à la fois fasciné et effrayé par l'avènement de Donald Trump, et ébranlé par la montée en force des extrémismes en Europe.

  • « Je n'ai vu la Beauté que trois fois dans la vie, la Beauté absolue, celle qui vous prend sur ses genoux, évidence indiscutable, coup de poing au plexus souffle coupé, extase instantanée, satori au cours duquel tout comprendre et se taire à la fois : - la première en accédant au plafond de la chapelle Sixtine...- la seconde en découvrant le bleu des mers du Sud, qui ne se transporte d'aucune façon, et que l'on n'a jamais retrouvé nulle part ailleurs que dans le fameux vitrail de Chartres, ce bleu cyan unique dont on a perdu le secret de fabrication.- la troisième ? Ce fut de me trouve seul devant (sinon dans) l'affiche L'Humour jaune, Boulevard Pasteur, février 1953, un matin de 2008, au Centre Pompidou, un choc dont ce livre tente encore de rendre compte : ce fut l'éclair ; et la détonation se produisit le lendemain matin très tôt, dans la station de métro assemblée nationale » (A. B.)

  • Les « banlieues » sont devenues l'un des principaux enjeux du débat politique français, et il est probable que ce terme soit l'un des maîtres mots de la campagne pour l'élection présidentielle de 2012. Or, « banlieues », dans cet usage, désigne en réalité les quartiers populaires périphériques où se concentrent notamment des populations d'origine immigrée - et non les banlieues en général, dont la plupart sont « résidentielles ».
    Enjeu complexe, les « banlieues » représentent à la fois la cristallisation des peurs d'une société inquiète face à des nouvelles « classes dangereuses » du XXIe siècle, et la mauvaise conscience de celle-ci, accusée d'avoir laissé se développer et perdurer des zones d'exclusion en marge de sa prospérité. Cette ambivalence est propice à l'emballement du discours médiatique sur un sujet propre à toutes les surenchères idéologiques ainsi qu'aux simplifications des images-chocs - voitures brûlées, caches d'armes dans les HLM, musulmans en prière sur la chaussée. autant de « figures » de la banlieue dont l'accumulation est censée produire du sens, au détriment d'une construction rationnelle de celui-ci. Ces « figures » sont au coeur du malentendu persistant entre la presse et les habitants des banlieues concernées, qui discrédite à leurs yeux la pratique journalistique « stigmatisante ».
    Le « trou noir » d'une représentation rationnelle de ce problème crucial renvoie à une question très douloureuse, centrale, qui touche à l'identité même de la France au moment où celle-ci connaît une crise profonde. Cette crise est relayée sur le territoire français par ces zones d'exclusion qui paraissent à la fois défier le pacte républicain traditionnel (elles produiraient le communautarisme) et rester en marge du monde du travail malgré des aides et subventions massives prélevées sur les impôts des classes moyennes - les « banlieues » sont perçues comme un parasite sur le corps malade du pays. Ce sentiment de malaise et de crainte est encore accentué par le vieillissement de la population française « de souche » alors que ces banlieues populaires bigarrées, jeunes et en plein essor démographique, portent en partie l'avenir de la France.
    Face à l'ampleur de ces bouleversements, et à l'importance des enjeux dont on peut penser qu'ils vont s'exacerber lors de la prochaine élection présidentielle puisqu'il auront une incidence directe sur la conquête du pouvoir politique en France et où Mme Le Pen a déjà pris date, avec ses remarques sur les musulmans comme « force d'occupation », il est important de disposer de travaux et d'un livre qui puissent faire référence afin que les débats de société soient nourris d'une matière que l'on voudrait originale, substantielle et gouvernée par la « neutralité quant aux valeurs » prônée par Max Weber.

  • La lecture de L'Étranger tient du rite d'initiation. Partout dans le monde, elle accompagne le passage à l'âge adulte et la découverte des grandes questions de la vie. L'histoire de Meursault, cet homme dont le nom même évoque un saut dans la mort, n'est simple qu'en apparence, elle demeure aussi impénétrable aujourd'hui qu'elle l'était en 1942, avec ses images à la fois ordinaires et inoubliables : la vue qui s'offre depuis un balcon par un dimanche d'indolence, les gémissements d'un chien battu, la lumière qui se reflète sur la lame d'un couteau, une vue sur la mer à travers les barreaux d'une prison. Et ces quatre coups de feu tirés en illégitime défense.
    Camus était fier d'une innovation littéraire singulière qui relève presque de l'artifice : l'histoire est racontée à la première personne, procédé censé permettre au lecteur d'entrer dans la tête du narrateur alors que tout est fait pour lui rendre impossible de se sentir proche de Meursault. On peut nourrir une idée assez juste de la critique littéraire au XX e siècle en observant les approches successives dont L'Étranger a fait l'objet : existentialisme, nouvelle critique, déconstruction, féminisme, critique postcoloniale, voire, selon Sartre, « du Kafka écrit par Hemingway ». Mais personne n'a fait la biographie de ce premier roman qui a bouleversé le genre au point que son avènement dans le paysage littéraire apparait comme une sorte d'accident de l'évolution - un accident qui aurait donné naissance à toute une nouvelle espèce.
    Avec Alice Kaplan, le lecteur repère les premiers signes annonciateurs du roman dans les carnets et la correspondance de Camus, traverse les années de son élaboration progressive, observe, comme par-dessus son épaule, d'abord l'écrivain au travail, puis les mots sur la page, accompagne l'auteur mois après mois pour entendre l'histoire du roman racontée de son point de vue.
    Une histoire qui ne s'achève pas avec la publication du roman en 1942, ni avec la mort brutale de Camus, fauché en 1960 par un accident de la route à l'âge de 46 ans. Elle ne montre aucun signe de dépérissement : soixante-quatorze ans après la première édition, et plus d'un siècle après la naissance de Camus, L'Étranger s'est vendu à plus de 10,3 millions d'exemplaires sur le seul territoire français et est traduit dans une soixantaine de langues..
    Aussi longtemps qu'il y aura des lecteurs de roman, L'Étranger continuera de vivre : quel auteur peut rêver d'une telle longévité ?

  • Le zen, « rameau délié du bouddhisme » depuis le Ve siècle, selon la belle expression d'Antoine Arsan, est une école de méditation. Naguère l'auteur d'un essai sur le haïku, il s'aventure cette fois jusqu'à l'improbable « porte sans entrée » du zen. À l'Occident chrétien obsédé de réponse et de résultat, le zen propose un chemin de déprise : le maître initie son disciple en ne lui apprenant rien. Un seul adversaire : l'ego. Un seul horizon, l'éveil. Le haïku cherchait à fixer l'instant, le zen cherche à se couler dans son flux éternel.

    Avec subtilité et simplicité, Antoine Arsan entraîne son lecteur sur ce chemin de dépossession, « lisse et nu, énigmatique et impénétrable ». Loin de la foire aux spiritualités de pacotille, l'essai d'Antoine Arsan approche son sujet sans jamais poser au sage. La porte sans entrée, célébration légère de l'indicible.

  • Du 6 octobre au 15 mars 2020, aura lieu dans le magnifique écrin du château de Chambord, une exposition consacrée au sculpteur Susumu Shingu, considéré aujourd'hui comme l'un des artistes les plus importants de la scène contemporaine japonaise. Le travail de l'artiste, basé sur les éléments naturels : l'eau, le vent, la gravité, entre en résonnance avec la commémoration des cinq cent ans ans de la mort du génie de la Renaissance, Leonard de Vinci.
    Le catalogue de l'exposition « Susumu Shingu - une utopie d'aujourd'hui » a été réalisé par l'artiste lui-même. Des textes de l'architecte Renzo Piano ou du chorégraphe Jirí Kylián viennent témoigner du travail du sculpteur.

  • On pourrait se croire dans une pièce de Shakespeare, Le franciscain de Venise. On y croiserait aux aurores de la Renaissance le roi d'Angleterre Henry VIII qui sollicite par l'envoi auprès du pape d'une délégation le droit de divorcer d'avec sa première femme, Catherine d'Aragon, les légats du pape accompagnés de théologiens, et non plus un juif mais le judaïsme sous la forme de son texte quintessentiel, la Kabbale.
    Petit à petit sortirait de l'ombre le personnage-titre, Francesco Zorzi (1466-1540) ou Francesco Giorgio Veneto, moine franciscain italien, théologien de renom, philosophe de haut vol et kabbaliste par passion. Parlant le latin, le grec et l'hébreu, familier des Saintes Écritures autant que des écrits néoplatoniciens et pythagoriciens, il se passionna pour les écrits rabbiniques au point de posséder l'une des plus impressionnantes bibliothèques de textes hébraïques.
    Il entretint une correspondance avec Pic de la Mirandole, un des fondateurs de la Kabbale chrétienne, lu de près Marsile Ficin et disputa les doctrines de Nicolas de Cues. Fasciné par l'architecture et la possibilité, exposée dans son grand livre Harmonia Mundi, de concevoir un bâtiment à l'image du corps humain tel que pensé par la Kabbale, il collabora avec l'architecte Jacopo Sansovino à la conception de l'église de San Francesco della Vigna.
    À travers cette figure énigmatique, Verena von der Heyden-Rynsch nous restitue tout l'univers de l'humanisme renaissant.

  • «De la tuerie de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, à l'assassinat du père Hamel, le 26 juillet 2016, le terrorisme islamiste a causé la mort de deux cent trente-neuf personnes en France. Et des listes de cibles incitent des "solitaires" à continuer le massacre.
    L'objectif de ces provocations meurtrières est de fracturer la société française par une guerre civile larvée dressant, au nom d'une religion dévoyée, un nouveau prolétariat d'enfants d'immigrés contre les classes moyennes.
    Pour y parvenir, les djihadistes tentent d'embrigader les musulmans de France, qui leur sont massivement hostiles. Des stratégies de rupture sont mises en oeuvre afin de souder cette communauté contre l'"islamophobie" imputée à la société.
    Cela nourrit la propagande de politiciens qui cherchent leur avantage en vue des élections de 2017, tombant dans le piège des terroristes alors même que la patrie est en danger, tandis que l'Europe se fissure et que le Moyen-Orient explose.
    Conçu autour des chroniques radiophoniques que j'ai tenues chaque semaine sur France Culture entre les étés 2015 et 2016, La Fracture restitue en contexte cette année terrible et plaide pour un engagement lucide de nos concitoyens.»

empty