Agone

  • La question de « l'identité nationale » a été remise au centre de l'actualité politique par Nicolas Sarkozy, pendant la campagne électorale des présidentielles. Devenu chef de l'État, celui-ci a créé un « ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale », ce qui est un fait sans précédent dans l'histoire de la République française. Huit historiens ont aussitôt démissionné de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration pour protester contre ce ministère, estimant que cet intitulé ne pouvait que conforter les préjugés négatifs à l'égard des immigrés. La pétition qu'ont lancée ces historiens a été signée par plus de 10 000 citoyens en moins d'une semaine, et des universitaires du monde entier se sont associés à cet appel.
    Gérard Noiriel explique les raisons de ce mouvement. Il montre que la logique identitaire, née au XIXe siècle, a depuis constamment alimenté les discours nationalistes. Il rappelle que, au cours des années 1980, c'est Jean-Marie Le Pen qui a popularisé, dans l'espace public, l'expression « identité nationale » pour stigmatiser les immigrés. Analysant de façon minutieuse les usages de cette formule dans le discours du candidat Sarkozy, il donne des éléments pour éclairer les nouvelles stratégies aujourd'hui à l'oeuvre dans le champ politique.

  • Pourquoi et comment apprendre l'histoire ? Huit années ont passé depuis la première édition de La Fabrique scolaire de l'histoire et l'ouvrage a rejoint les classiques sur l'enseignement de l'histoire-géographie. Dans la continuité du premier volume, cette deuxième édition entièrement refondue poursuit la réflexion amorcée sur les spécificités de l'histoire enseignée en entrant plus profondément dans le détail des pratiques.
    Entre-temps, les programmes ont changé, les clivages se sont accentués et les attentats de 2015 ont eu des conséquences importantes sur l'enseignement. Si l'histoire scolaire a toujours été tiraillée entre finalités civiques, identitaires et critiques, il semble bien que la dernière soit aujourd'hui la plus maltraitée. Pour les auteurs de ce recueil, la pratique et l'expérimentation restent les meilleures manières de pallier les empêchements des prescriptions officielles.
    Mais l'enjeu est avant tout de participer à redéfinir les contours d'une école républicaine malmenée par le démantèlement du service public. Il en va de la légitimité de la posture enseignante, trop souvent réduite à la fausse évidence de l'« autorité », mais aussi des finalités politiques d'une école dont on prétend sans arrêt réparer les pannes d'ascenseur (social) par la destruction de ses fondations.
    Laurence de Cock, membre du bureau du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH), est professeure d'histoire-géographie en lycée à Paris et chargée de cours en didactique de l'histoire et sociologie du curriculum à l'université Paris-Diderot. Elle a consacré une thèse en sciences de l'éducation au « fait colonial à l'école » depuis les années 1980. Elle est notamment l'auteure, aux éditions Agone, de Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France (2008).
    Au sommaire : Préface (Suzanne Citron), Introduction (Laurence De Cock), Élaboration des programmes (Patricia Legris), Formation des enseignants (Hayat El Kaaouachi), Enseignement de l'histoire aux États-Unis (Samuel Kuhn), Construction identitaire par l'histoire scolaire (Charles Heimberg), Géohistoire (Vincent Capdepuy), Le prisme géopolitique dans l'enseignement de l'histoire (Vincent Casanova), Enseignement de la colonisation (Françoise Lantheaume), Enseignement de l'histoire de l'immigration (Véronique Servat), L'enjeu du complotisme (Servane Marzin), L'enseignement de l'histoire à l'école primaire (Géraldine Bozec).

  • Alors que son legs est de plus en plus méconnu ou délibérément ignoré, la Révolution française n'est pourtant pas morte.
    De Tunis au Caire, de Tripoli à Sana'a, la révolution fait son retour dans l'histoire mondiale. Face au débat public que ces événements ont inspiré, les historiens ne peuvent se contenter d'une position de commentateurs. Les analogies paresseuses et anachroniques entre révolution et totalitarisme ne convainquent aujourd'hui plus personne. Les temps ont changé et ils invitent à interroger ce phénomène historique qui, à intervalles réguliers, vient rompre le cours du temps pour renverser les puissants et inventer des régimes censés être pins justes pour le plus grand nombre.
    Il s'agit de regarder la révolution bien en face, avec ce qu'elle charrie de méprises et d'occasions manquées, pour lui redonner sa dimension de laboratoire du politique.

  • Guy Môquet, Jaurès, les colonies et tant d'autres. Nicolas Sarkozy en campagne, puis au début de son mandat, n'a cessé d'utiliser et de brandir des références historiques. Cet usage immodéré de l'histoire a alors mobilisé autant de mises en scène grandiloquentes que de discours de filiation destinés à dessiner les contours d'une France mythique du candidat puis du président.
    Comment voir clair dans tous ces personnages et événements sans cesse mélangés et associés les uns aux autres en dehors de tout contexte ? Comment comprendre le brouillage de références qui empruntent autant aux grandes figures de la gauche qu'à celles de la droite ? Quels sont les enjeux et les effets politiques de telles constructions historico-politiques ?
    Une vingtaine d'historiens ont disséqué les usages que fait de l'histoire Nicolas Sarkozy pour permettre de saisir les mécaniques à l'oeuvre dans cette vaste entreprise de reconstruction d'un roman national. Sous la forme d'un dictionnaire, un véritable parcours critique dans l'histoire de France revue et corrigée par une droite qui entend refabriquer de l'« identité nationale »...

  • Depuis la révolution française, l'enseignement de l'histoire s'est vu associé à la construction d'une identité nationale. En prenant la forme d'un récit ethnocentré, l'histoire scolaire devait permettre l'intégration de tous les futurs citoyens, quelles que soient leurs identités originelles, dans un ensemble politique unique. Une historiographie nationale standardisée venant affermir la légitimité d'une histoire majoritairement franco-française.

    Depuis le XIXe siècle se sont multipliées les contestations de la validité de ce "roman national" par les groupes qui s'en sentaient exclus : immigrés, femmes, ouvriers, "minorités régionales", etc.
    Aujourd'hui, dans une période favorable à la reconnaissance des "identités plurielles", les exclus de cette fabrique de l'histoire réclament l'ajustement des programmes scolaires et critiquent le roman national vu comme un instrument de domination. Les nouveaux programmes du collège prétendent décentrer les points de vue en accordant une place substantielle à l'histoire d'autres aires géographiques. Ne risque-t-on pas, sous couvert d'une volonté d'inclusion, de reléguer autrement ces absents du roman national ? C'est ici la question d'une histoire commune et donc de l'universalité qui est en jeu.

empty