Régis Meyran

  • Qu'est-ce qu'un « Français » ? Au-delà de détenir la nationalité française existe une croyance, très largement répandue et mythique de l'idendité nationale. Le « vrai » Français, « de souche », serait un « Gaulois» de race blanche dont les traditions, ancrées dans un « terroir », se perdraient dans la nuit des temps. C'est dans le domaine de l'anthropologie, ou dans ses marges, entre 1870 et 1945, que se sont élaborées les théories les plus sophistiquées de l'identité nationale. D'un côté, l'anthropologie physique, cherchant à mesurer et à classer les hommes, n'a pas su éviter de se poser la question de la « pureté» de la « race française ». De l'autre, les études de folklore, visant à recueillir les survivances de traditions paysannes ou artisanales en déclin, ont exclu de fait l'étude des traditions de bon nombre de Français qui n'étaient pas « de souche ». Une conception figée de l'identité nationale atteignit son paroxysme avec l'Occupation et le Régime de Vichy, mais on la trouve jusque chez les anthropologues antiracistes de l'entre-deux-guerres et les folkloristes du Front populaire. L'auteur retrace la genèse du récit mythique qui a imprégné la communauté scientifique française. Par un curieux effet d'inertie, ce mythe, aujourd'hui abandonné par les anthropologues qui ont fait depuis un demi-siècle leur autocritique, est toujours présent dans le sens commun et dans la sphère médiatico-politique. Cette histoire s'adresse donc, au-delà du cercle des spécialistes de l'histoire des sciences sociales, à tous ceux qui s'intéressent aux débats actuels sur les questions « d'identité ».
    Régis Meyran est docteur de l'Ehess, et chercheur affilié au Laboratoire d'anthropologie et d'histoire de l'institution de la culture (Lahic/Iiac). Il est l'auteur de nombreux travaux traitant de l'histoire de l'anthropologie et des sciences humaines, dans des revues scientifiques (L'Homme, Gradhiva), mais aussi dans des magazines de vulgarisation (Sciences Humaines, Pour la Science). Il a coordonné : « Usages publics de l'Histoire en France », numéro de la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps, n°85, 2007 ; et (avec Denis-Michel Boëll et Jacqueline Christophe), Du Folklore à l'ethnologie, 1936-1945, Paris, Éditions de la MSH, 2008.

  • Qu'est-ce que la violence ? Voilà un terme polysémique, dont on use et on abuse - surtout aujourd'hui, à l'heure des " politiques sécuritaires ". Le but de ce livre est de montrer que la violence correspond avant tout à un domaine de la recherche en sciences humaines en pleine expansion et par ailleurs peut-être un des rares vrais lieux de la transdisciplinarité où se croisent inévitablement l'histoire, l'anthropologie, la sociologie, la psychologie, les sciences de l'évolution et les sciences politiques. Abordant tour à tour, en un jeu de " poupées russes ", les thèmes de la violence des États (ce qui inclut guerres, mais aussi souvent massacres ou génocides), celle des institutions (de l'armée, de la police, de l'hôpital ou de l'école), puis celle des individus (entre groupes, celle des criminels, puis celle exercée contre soi), et enfin la question des instincts violents chez l'homme, ce livre rassemble des contributions qui rendent compte de l'état des recherches actuelles.


    Ont participé à cet ouvrage : Marc Augé, Christian Baudelot, Philippe Braud, Maurice Cusson, Alain Dewerpe, Jean-François Dortier, Didier Fassin, Dominique Lhuilier, Pierre Manonni, Jacques Miermont, Laurent Mucchielli, Jean de Munck , Christian Nadeau, Mouzayan Osseiran-Houbballah, Michel Porret, Jacques Sémelin, Vincent Troger, Michel Wieviorka, Vincent Yzerbyt... Ouvrage coordonné par Régis Meyran, anthropologue, chercheur associé au Lahic (Laboratoire d'anthropologie et d'histoire de l'institution de la culture, unité mixte CNRS/Culture) et journaliste scientifique au magazine Sciences Humaines.

  • Une réflexion sur l'actualité du fascisme et la pertinence de ce terme pour analyser les mouvements extrémistes contemporains.

  • C'est une contribution essentielle et radicalement neuve qu'apporte ici Patrick Tort aux violents débats sur l'identité qui secouent nos sociétés, de la question de l'enseignement du genre ou des différences supposées innées de comportement entre hommes et femmes, à celle de l'existence des races. Renvoyant dos à dos les tenants de l'inné et de l'acquis, le philosophe et épistémologue nous amène brillamment à dépasser un débat aujourd'hui caricatural.
    Relisant de façon originale Darwin et Lévi-Strauss, il montre que la polémique sur le sexe et la race cache une incompréhension, chez bon nombre de biologistes comme de sociologues. Pour Patrick Tort, la question n'est pas de savoir si "les races existent", mais plutôt d'être capable de faire la distinction entre des réalités biologiques et des constructions historiques et idéologiques complètement différentes.
    Et concernant la notion de sexe, on aurait affaire à une situation parallèle: il faut faire la part entre une réalité biologique et les différences culturelles de la représentation et du traitement des différences sexuelles.
    Pour Patrick Tort, l'être humain n'est pas hors de la biologie, mais il n'est pas non plus déterminé aveuglement par elle. Sa liberté réside dans l'autonomisation progressive de la culture par rapport aux lois naturelles: un éloge de la civilisation.

  • Pourquoi les intellectuels engagés ont-ils disparu et laissé la place à des personnages médiatiques omniprésents ou à des experts proches du pouvoir en place, de Bernard-Henri Lévy à Bernard Kouchner ou Alain Minc ? La figure de l'intellectuel critique, incarnée de façon exemplaire par Jean-Paul Sartre, celle d'un personnage indépendant financièrement, s'affirmant contre le pouvoir établi et défendant les opprimés, a traversé le XXe siècle, de l'affaire Dreyfus jusqu'à la mort de Sartre en 1980. Ce siècle, qui se clôt avec la chute du mur de Berlin et de l'URSS, débouche-t-il sur la fin des intellectuels ?

    Enzo Traverso préfère parler d'une éclipse des intellectuels. Agamben, Rancière, Badiou ou Zizek sont bien des figures majeures de la pensée critique actuelle, véritables " stars des campus ". Mais ils restent largement ignorés du grand public. Pourquoi ? Selon Enzo Traverso, l'absence de débat critique dans la sphère publique s'explique entre autres par la structure des médias dominants, soumis aux lois du marché et proches des lieux de pouvoir. Il y voit aussi la conséquence d'une logique, partagée à droite comme à gauche, qui postule l'équivalence entre nazisme et communisme. Résultat : aux utopies révolutionnaires auraient succédé des idéologies molles, comme la mémoire historique sacralisée, l'humanitarisme et l'écologisme dépolitisés, ou encore la compassion pour les victimes. Les nouveaux mouvements sociaux, comme les " indignés ", Occupy Wall Street ou les révolutions arabes, seraient donc caractérisés par leur apolitisme.

  • À l'heure où le sombre désir de guerre retentit jusqu'en Europe, Rony Brauman, penseur exigeant et intransigeant, nous aide à débusquer faux prétextes et pièges dangereux tendus par des dirigeants belliqueux. Affirmant qu'il n'existe pas de « guerres humanitaires », il nous appelle à la méfiance face aux prétentions occidentales à imposer les valeurs démocratiques par la force. Son livre chez Textuel «Humanitaire, le dilemme, »a inauguré la collection "Conversations pour demain" et a été le plus « long-seller » de la collection.

  • Le passage des études de folklore à l'ethnologie en France s'est fait dans la période troublée qui va du Front populaire à la Libération.
    Le folklore scientifique se construit de manière ambivalente, dans le cadre d'une politique culturelle qui fait la part belle aux traditions régionales : à la fois ouverte sur la modernité, et fascinée par un passé volontiers idéalisé. Avec l'avènement du régime de Vichy, le folklore devient l'instrument de la politique culturelle du maréchal Pétain et de sa Révolution nationale. Mais, en même temps, de vastes enquêtes scientifiques, extensives et collectives voient le jour.
    Cet ouvrage, qui fait suite à un colloque international tenu en 2003 au musée national des Arts et Traditions populaires (MNATP), apporte une réponse collective à des questions restées longtemps floues, voire taboues : comment apprécier les activités du MNATP, créé en 1937, et celles de son directeur, Georges Henri Rivière, sous le régime de Vichy ? Quelles continuités, quelles ruptures apparaissent entre la période du Front populaire et Vichy ? Jusqu'où les folkloristes se sont-ils compromis ? Une nouvelle discipline était-elle déjà en germe ou le folklorisme sombrait-il totalement dans l'exaltation passéiste du monde paysan ? Ce regard en arrière s'avère nécessaire à l'heure où l'ethnologie s'affranchit des barrières nationales - et alors qu'un nouveau musée, le musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM), vient remplacer le MNATP.

  • C'est une alerte majeure que formulent ici les deux sociologues, auteurs du « Président des riches » : désormais étalé au grand jour sans complexe par ceux qui l'accaparent, l'argent semble s'être imposé comme la valeur ultime. Après avoir dénoncé la dangereuse collusion du pouvoir politique avec l'oligarchie financière, les Pinçon-Charlot abordent ici la question de fond : par quels mécanismes l'argent est-il devenu la seule finalité existentielle ?
    Ils reviennent sur les transformations économiques d'après 1945, notamment celles des années 80, où triomphe un capitalisme financier, spéculatif et mondialisé. L'argent est alors devenu fou : dématérialisé, dérégulé, coupé du corps social. Exemples à l'appui, ils montrent comment les grandes fortunes traditionnelles se sont adaptées aux lois du néolibéralisme, en compétition avec les nouveaux riches. Et analysent cet effet de sidération et de fascination que l'argent produit sur les masses, orchestré par une mise en scène médiatique sans précédent de la fortune. L'argent comme valeur omniprésente à un moment où la misère augmente de façon drastique : c'est là un paradoxe et une rupture inédite qui sape les fondements de la démocratie.
    Mais comment faire pour se réapproprier l'argent fou et faire en sorte qu'il circule dans le corps social ? Il faut l'encadrer beaucoup plus strictement et redonner à l'Etat son rôle de régulateur. Tout en rendant compréhensibles au plus grand nombre les logiques de la spéculation par l'enseignement du droit et de la finance à l'école républicaine.

  • La France vit-elle une « crise d'identité » ? Les Français sont-ils en proie à une « insécurité culturelle » ? L'Europe connaît-elle une déclin culturel ? De nombreux auteurs et les grands médias surfent allègrement sur de telles idées, mais quelle est leur réalité ? Bref, y a-t-il une raison de s'inquiéter de la perte de « nos valeurs » ou d'un « modèle de civilisation » ? Est-ce la faute de Mai 68 ? du féminisme ? De l'islam ? De la fracture périrubaine ? De l'enseignement trop abstrait de l'histoire ? Battant en brèche ces idées reçues, une douzaine de spécialistes en sciences sociales analysent l'origine et les différentes déclinaisons de cette mythologie de la crise identitaire. Ils montrent qu'un ensemble de poncifs a été récemment utilisé par l'extrême droite pour mener une nouvelle offensive idéologique, qu'elle a réussi à imposer comme une évidence sur l'échiquier politique et dans tout l'espace public.

    Histoire et utilisations de la notion d'identité en sciences sociales et en politique, par Régis Meyran.
    Généalogie de l'insécurité culturelle, par Klaus-Gerd Giesen.
    Comment la rhétorique identitaire organise le brouillage idéologique entre gauche et droite, par Julien Théry.
    Ludivine Bantigny : la rupture 68 ?
    Une laïcité identitaire et islamophobe, par Raphaël Liogier.
    Le roman national comme acte de foi ? par Laurence De Cock.
    L'identité nationale et l'essor de la thématique identitaire, par Nicolas Offenstadt.
    Fabrice Dhume : communautarisme multiculturalisme et universalisme républicain : qu'en dit la sociologie.
    Les ambiguïtés du mot « diversité », par Réjane Senac.
    Les identitaires et la « théorie du genre », Fanny Gallot.
    La fracture périurbaine existe-t-elle ? Une critique des thèses de Christophe Guilluy, par Cécile Gintrac.
    Ce qu'on fait dire aux sondages, par Patrick Lehingue.
    Insécurité réelle et insécurité ressentie, par Laurent Mucchielli.

  • Alors qu'en France le mot " race " vient d'être supprimé de la législation, le racisme s'est déplacé du plan biologique vers le plan culturel. Désormais, on exclut l'autre au nom de l'" identité culturelle ".
    Ainsi, l'extrême droite en est venue à se réclamer de l'anthropologie pour défendre une conception de la culture dans laquelle l'Autre est exclu en raison de sa différence " culturelle ". Cette nouvelle " vision du monde " s'infiltre peu à peu dans tout l'échiquier politique, de la droite dite " décomplexée " à la gauche " populaire ", en faisant émerger l'idée d'une menace sur l'identité française.
    Pour autant, qu'est-ce qu'une culture et comment se sont construites historiquement les logiques de racisme culturel ? C'est l'enquête que propose de mener ce livre, tant du point de vue de l'histoire des sciences sociales en Allemagne, aux États-Unis et en France, que de celui de la pensée politique, car la " culture " est devenue dans notre pays un enjeu essentiel.

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