Christian Belin

  • Au XVIIe siècle, théologie et littérature ont revécu l'étroite symbiose qui avait caractérisé la pensée chrétienne à l'époque des Pères, mais qui fut indéfiniment modulée au cours de l'histoire par les disciples de Benoît ou de Bernard, les spirituels rhéno-flamands, la devotio moderna, les compagnons d'Ignace ou les fils du Carmel.

    À l'impermanence d'un monde sécularisé, où triomphaient la grimace et les Vanités, la piété chrétienne opposa la grâce des exercices spirituels et la profondeur de la « conversation intérieure ». L'oraison et la poésie dessinèrent l'iconostase claire-obscure du Christ en ses divers états : Sauveur éternellement naissant (Bérulle) ou souffrant (La Ceppède) ; Visage caché dans le brouillard (Hopil) ; Libérateur paradoxal, toujours à l'agonie (Pascal) ; Maître intérieur à la voix discrète (Malebranche), dont la Seigneurie providentielle ordonne toute l'histoire humaine (Bossuet). Si le christianisme se confond, pour Bérulle, avec un « art de peinture », on ne s'étonnera pas, avec Bossuet, de surprendre sans cesse « Dieu en représentation », dans les Écritures comme sur la scène du Monde, jusque dans les replis du coeur ou de la conscience, et même dans cette simple attention naturelle de l'esprit à la recherche de quelque fondement, de quelque vérité (Descartes).

    Devait-on cependant faire sécession en son cloître intérieur, au huis-clos de la belle ténèbre, et se laisser ravir par Dieu vers l'envol contemplatif, ou bien discourir et fabriquer des images, avec des méthodes parfois déficientes, en espérant la sainte délectation ? On oppose trop facilement les mystiques et les anti-mystiques du siècle, sans mesurer combien la » science des saints », chère à Saint-Cyran et fondée d'abord sur les Écritures, concerne tout autant l'Oratoire et Port-Royal que les chantres de la quiétude désintéressée. L'inculturation du christianisme devint plus difficile au soir du XVIIe siècle, mais elle révèle moins le reflux des mystiques que celui du mystère.

  • La passion croissante du public pour les techniques de méditation orientales pourrait laisser penser que l'Occident n'a pas développé cette pratique. Pourtant, la tradition méditative du christianisme est aussi ancienne que lui, et ne fut pas réservée aux mystiques. Des pères du désert à la prière du coeur des orthodoxes, en passant, entre autres, par Ignace de Loyola et les splendides oraisons du XVIIe siècle, ce livre s'interroge sur la nature profonde de la méditation chrétienne et ses différentes formes, prières, oraison, exercices spirituels - toutes manières de se tourner vers l'Absolu. Quelle recherche dirige la méditation : celle du vide ? de la plénitude ? Est-elle synonyme d'ascèse ? Quand et comment la pratique-t-on ? L'enseigne-t-on ? Méditer est-ce contempler ? comprendre ? Comment esprit et corps interagissents-il ? Quel rôle y joue la respiration, dans une religion où l'Esprit n'est autre que le Souffle divin ? Quel est celui l'image, sachant que l'homme a été créé " à l'image de Dieu " ? Ou encore celui de l'écriture ? Autant de questions réfléchies dans cet essai qui se déroule lui-même comme une lumineuse et magnifique méditation sur le christianisme, reflétant ainsi la nature même de la méditation chrétienne. En effet, parce que la foi n'est jamais livrée clés en main, la méditation chrétienne est d'abord méditation du christianisme ; et parce que la foi a pour objet non quelque chose, mais la personne du Christ, elle est méditation sur lui.

  • Les treize études interrogent les deux temps d'une même opération iconoclaste et subversive, à la fois geste violent et processus inexorable, telle qu'elle a pu se traduire sur les terrains religieux, politiques et culturels en France, en Angleterre et aux Pays Bas aux XVIe et XVIIe siècles.

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