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Société Maria Szymanowska
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On ne vit intensément que dans et par son corps. Le corps est le moyen de faire avec la violence du monde. Si toutes les souffrances de l'humaine condition s'y (ré)percutent, il est également l'espace de toutes les joies et jouissances de la chair ! C'est autant le plaisir des sens que l'action qui nous rattache à l'existence et nous enjoint de goûter à la saveur de la vie. Parler du corps, c'est donc parler de cette interface confuse qui touche au coeur de l'intime, de son rendu sensible et social, et que la réflexion politique d'une Sophie de Condorcet rend d'une si furieuse actualité : des corps sont dominés par ceux qui bénéficient d'un ordre social profondément inégalitaire, et qu'ils entendent bien perpétuer.
Parler du corps, c'est donc parler de l'être, de notre présence réelle tout autant que symbolique et fantasmatique au monde, en soi et pour les autres. Rien d'ailleurs de plus malaisé que de l'habiter pleinement, ce corps terriblement exposé, profondément inégal et genré. Le corporel, le soma, participe en effet d'un langage obscur, celui de la psyché, un mix d'émotions, de sentiments et d'idées dont il est le terrain de jeux privilégié : le corps, belle caisse de résonance de nos aliénations et angoisses ! Pour en explorer l'historicité et les représentations, la danse et le théâtre sont des disciplines fécondes par leur hybridité et leur charge sensuelle : les perceptions olfactives, tactiles, visuelles et auditives y sont aussi importantes que les mots.
D'une scène cathartique à l'autre le soma parle : le corps anarchique et souffrant devient un corps symbolique et pleinement assumé. C'est à cette autre vie que la sienne qu'aspire ainsi Julie, la femme cachée qui relate ici son parcours de transition pour devenir ce qu'il/elle était, et connaître l'ivresse de la métamorphose d'un corps enfin advenu. Ce corps féminin est cependant le plus exposé, tant il est réifié et vulnérable à la prédation du regard patriarcal. Face à cela, la revendication féministe est simple : reconquérir la joie du corps, d'exister et de vivre ; pouvoir et vouloir tout écouter, tout aimer, tout lire, sans retenue - sans avoir à retrouver le récit sempiternel de l'exclusion de sa féminité.
Si la psyché, la physiologie et le social s'entremêlent et nous définissent dans nos singularités, la mort et la sexualité demeurent les deux dimensions communes à notre humanité. Quelle que soit l'époque, l'art n'a de cesse de les sublimer et d'entraîner vers un imaginaire et une poétique de la sensualité et de l'inconstance des corps, comme une suspension libérée du référentiel mortifère du temps. Une promesse d'infini en quelque sorte. -
Cahiers Maria Szymanowska N°2. Les Talents en révolte
Collectif
- Société Maria Szymanowska
- 16 Mai 2022
- 9782957765232
Première compositrice-concertiste polonaise, adulée par son époque, Maria Szymanowska (1789-1831) est une personnalité charismatique. Actrice majeure des mutations esthétiques et musicales du premier grand tiers du XIXe siècle, elle aura vu sa vie se déployer dans une société secouée par la vague de fond révolutionnaire, bouillonnante de créativité et d'échanges, travaillée par toutes les contradictions qui ébranlent les mentalités et les déterminismes d'Ancien Régime.
Aussi son oeuvre témoigne-t-elle d'une profonde modernité, marquée déjà par ce romantisme qui questionne l'intimité. Maria écrit pour jouer et être jouée mais aussi pour être comprise, interprétée. « Toute l'oeuvre de Maria Szymanowska, écrivait la mezzo-soprano Elżbieta Zapolska, fondatrice de la Société Maria Szymanowska, est pour moi une chose fantastique, parce qu'elle est comme un cycle sans fin de miniatures qui exigent des interprètes une approche de recherche et de créativité, comme si la créatrice avait compté sur le fait que son expression serait complétée ».
Cette oeuvre riche de vitalité et d'originalité, dans laquelle les musicologues voient déjà le style d'un certain Chopin, ne connaîtra pourtant pas la postérité qui aurait dû légitimement s'offrir à elle. Évincée de nos mémoires patrimoniales comme de nos héritages symboliques, la musique de Maria, si connue de son temps, est à redécouvrir.
On peut donc s'interroger à bon droit sur les processus d'effacement et d'invisibilité qui ont prioritairement affecté les femmes créatrices. Pourquoi cette historiographie patriarcale, qui biffe sans sourciller de la mémoire collective une part considérable de l'humanité créatrice, perdure-t-elle de nos jours avec autant de naturel, sans que sa légitimité en soit foncièrement ébranlée ?
Explorer l'oeuvre de Maria Szymanowska et son devenir en postérité, c'est donc clairement interpeller ces impensés idéologiques et symboliques de notre vie sociale et culturelle qui reconduisent les représentations genrées et discriminatoires sans en avoir vraiment l'air... « Quand Nannerl [la soeur de Mozart] a eu quinze ans, elle a dû arrêter la musique pour se marier » peut-on lire, sans autre forme de procès ni commentaire, au détour d'un ouvrage récent de bonne vulgarisation musicale destinée à la jeunesse. Donner voix à Nannerl et à toutes les femmes créatrices, telle est l'une des vocations des Cahiers Maria Szymanowska. -
Cahiers Maria Szymanowska N°5. Un nouvel imaginaire
Collectif
- Société Maria Szymanowska
- 17 Avril 2024
- 9782957765294
Interpréter le monde et en écrire les possibles, questionner nos représentations et les ouvrir à de nouvelles légitimités, telles sont les missions avérées de l'art et de la littérature, d'autant plus impérieuses à l'heure du chaos écologique, des tentations totalitaires et des virilismes bellicistes et autodestructeurs. À travers des modes et des prismes d'écriture bien différenciés, Ida Vitale, Léonora Miano, Bernardine Evaristo ou Magdalena Schrefel partagent cette ambition de féconder nos imaginaires en précarisant les certitudes et les conformismes, en questionnant obstinément ce qui fonde notre être au monde : les rapports à l'espace, à la réalité naturelle et sociale, aux temporalités humaine et historique - à l'altérité.
« Qu'il est heureux que la tour de Babel se soit écroulée ! Nous aurions pu rester prisonniers sur terre d'une langue unique, d'une qui n'aurait jamais pu prendre conscience de ses limites au contact d'une autre. Fatalement cette langue demeurée seule n'aurait été qu'un grand rêve, enfermé dans une idéologie. » Ces paroles d'Yves Bonnefoy qui disent toutes les saveurs à recueillir dans la pratique hédoniste de la langue, la nôtre et celle des autres, n'ignorent pas pour autant que le langage demeure également un lieu de pouvoir où se joue une violence symbolique discriminante et aliénante, tant dans la maîtrise sociale de ses codes et de sa rhétorique que dans son fonctionnement genré.
En extirpant progressivement les femmes des configurations et des stéréotypes sexualisés et patriarcaux, le féminisme parvient ainsi à imposer un agenda et un référentiel bouleversés. Il décline aujourd'hui un nouvel imaginaire émancipateur qui dessine un avenir désirable dans lequel les femmes investissent, au moins en Occident, à peu près tous les champs de la vie pratique, sociale et créative. La mémoire officielle commence même à leur faire réellement une place, à l'instar des compositrices Maria Szymanowska ou Fanny Hensel qui sont passées de l'autre côté du miroir en conquérant enfin le droit d'être répertoriées dans la musique « incontournable ».
Aussi le féminisme ne peut-il plus se définir en négatif, ou comme le simple renversement des conservatismes et des liens d'autorité et de subordination. Il doit apparaître pour ce qu'il est : un véritable projet global de transformation des sociétés, qui revitalise les principes portés par les Lumières pour oeuvrer à la préservation du monde commun - et qui affronte de fait d'opiniâtres résistances. Toute la vocation des Cahiers Maria Szymanowska est d'accompagner ce nouvel imaginaire d'espérance. -
Cahiers Maria Szymanowska N°4. Les identités au féminin
Collectif
- Société Maria Szymanowska
- 27 Septembre 2023
- 9782957765270
Dans la mesure où l'un des principes de la société patriarcale est fondé sur l'infériorisation du féminin, on ne saurait s'étonner qu'il n'y ait guère d'artistes femmes qui se soient naturellement imposées, tant dans l'historiographie officielle que dans nos héritages symboliques. Si certaines y sont parvenues, ce fut en quelque sorte par effraction et parce que l'évolution anthropologique des genres qui accompagne notre modernité (re)découvre désormais l'importance et la richesse de ces identités au féminin.
En retraçant son enfance coloniale au Mozambique, Isabela Figueiredo constate l'âpreté et l'inanité de toute injonction identitaire essentialiste ou ostracisante. « Les identités comme la mienne, écrit-elle dans nos colonnes, sont nombreuses, un peu marginales, solitaires, déterritorialisées, un peu perdues et sans aucun doute incomprises et indésirées. » L'auteure portugaise invite ici à une réflexion plus globale sur tous les déterminismes, qu'ils soient nationaux, ethniques, culturels ou genrés.
Dans les arts, l'analyse affinée du contexte historique et sociologique du vécu féminin nous confirme que si le genre est une dimension de l'identité, il ne saurait la figer ni en fixer le destin. Pour avoir conquis la liberté d'être la première compositrice-concertiste internationale polonaise, Maria Szymanowska (1789-1831) sait ce qu'elle doit à la Révolution française et à l'éducation libérale dont elle a bénéficié à une époque où bascule le vieux monde. À son instar, toutes les créatrices sont confrontées, en fonction de leur équation personnelle, de leur époque et de leur géographie, à des réalités de conformité sociale et idéologique de nature très diverse. Les parcours de Fanny Hensel, Cécile Chaminade ou Gayane Chebotaryan sont autant d'exemples d'affirmation artistique, au-delà des préjugés genrés et discriminatoires. Les compositrices, peintres et écrivaines illustrent une évidence : la différence est créatrice et on ne s'affirme qu'en créant.
Les formes de singularisation créatrice auraient-elles donc à voir avec le genre ? Des femmes ont toujours pensé et écrit le monde, questionné et contesté la façon dont se sont constituées depuis le néolithique les deux catégories sociales fondamentales que sont celles des femmes et des hommes. Elles continuent de faire de leur parole et de leur pratique des outils d'émancipation qui déjouent le masculin comme universel incontournable. L'identité que ces créatrices incarnent récuse tout repli communautaire ou tentation d'entre-soi. Il s'agit au contraire d'identités polymorphes et évolutives, empathiques, autonomes, ouvertes à la promesse et à la liberté de l'autre. Masculines, féminines, les identités se refondent. -
Cahiers Maria Szymanowska N°1. Les Talents au Féminin
Collectif
- Société Maria Szymanowska
- 20 Octobre 2021
- 9782957765218
Étrange paradoxe qui consiste à aduler une artiste de son vivant et à s'empresser de l'oublier dès sa disparition. Le destin de la compositrice et concertiste virtuose polonaise Maria Szymanowska (1789-1831) est emblématique de ce phénomène d'effacement historique et mémoriel qui affecte la plupart des femmes créatrices. Cherchons bien en effet ! Quels noms d'artistes femmes nous viennent spontanément à l'esprit... ? Constat qui renvoie à la piètre place réservée aux femmes dans l'histoire des arts et à leur quasi-absence de nos héritages symboliques. Certes, comme le souligne la mezzo-soprano Élisabeth Zapolska, fondatrice de la Société Maria Szymanowska, « on s'intéresse enfin à l'absence des femmes pendant des milliers d'années dans des domaines où leur potentiel intellectuel et leurs talents artistiques auraient pu être exploités, et à leur existence handicapée par une civilisation patriarcale dans laquelle, du reste, nous vivons encore... ». Comment les femmes artistes des XVIIIe et XIXe siècles regarderaient-elles celles d'aujourd'hui ? Satisfaites sans doute des progrès accomplis, déçues aussi par la persistance des préjugés qui, toujours, conduit à mesurer ces talents à l'aune d'un éternel féminin archétypal et réducteur.
La question du genre est effectivement devenue centrale dans nos débats sociétaux. Mais si nous avons assez de modernité culturelle et démocratique pour affirmer l'indifférenciation des sexes en matière d'aptitudes artistiques, il n'en demeure pas moins que pour lire, voir ou entendre à leur juste valeur les oeuvres des femmes du passé, et souvent encore celles du présent, il faut insister sur la féminité des artistes et surexposer en ce sens les talents au féminin. Faute en quelque sorte de pouvoir réécrire l'histoire, sinon infléchir celle du présent dans tous les champs pratiques, politiques et symboliques de la vie sociale... Nouveau paradoxe !
« Toute l'oeuvre de Maria Szymanowska, écrivait encore Elżbieta Zapolska, est pour moi une chose fantastique, parce qu'elle est comme un cycle sans fin de miniatures qui exigent des interprètes une approche de recherche et de créativité, comme si la créatrice avait compté sur le fait que son expression serait complétée ». Elżbieta admirait le travail et la personnalité de Maria, et si cette dernière avait été notre contemporaine, nul doute qu'elle aurait admiré Ela. De ce jeu de miroirs sont nés les Cahiers Maria Szymanowska, où se reflètent aussi d'autres aspirations féminines, d'autres destins, d'autres combats, d'autres rêves. -
Cahiers Maria Szymanowska N°6. Stéréotypes et préjugés
Collectif
- Société Maria Szymanowska
- 2 Janvier 2025
- 9782487646018
L'époque est dure, confuse, déchirée, souvent criminelle. Elle est plus que jamais propice à (ré)générer les stéréotypes et les préjugés de tout poil, à ressasser les passions tristes du ressentiment et de l'amertume ; tous ces vieux démons d'assignations à résidence, sociales, ethniques ou genrées qui minent nos humanités. En ces temps redoutables de chauvinisme et de repli identitaire qui pointent comme inéluctable l'effondrement de l'empathie et de la raison, rien de plus impérieux donc que de pratiquer la rationalité bien tempérée, de relayer inlassablement les discours épistémiques de la réflexion. Tout peut bien sûr apparaître fermé mais tout peut au contraire s'ouvrir et déboucher sur d'autres possibles. « Pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volonté », le fameux mot d'ordre popularisé par Antonio Gramsci, sied manifestement à toutes les femmes qui traversent cette sixième livraison des Cahiers.
Certes, pourrait-on objecter, quoi de commun entre la compositrice Rita Strohl, l'artisane semencière Carine Lam, l'écrivaine et traductrice Alexandra Lazarescou ou la championne du monde de billard Marina Bouras ? Oui, quoi de commun ! Si ce n'est le refus d'équations personnelle figées où tout semble balisé, écrit à l'avance, amputé de la liberté d'arbitrer et de faire. En refusant l'innéité des conditions de naissance et d'endogamie sociale, en récusant les trajectoires convenues du genre et les injonctions à se soumettre aux hiérarchies organiques ou traditionnelles, elles démontrent dans leur domaine respectif leur capacité à imposer une individualité, hors toute forme d'essentialisme. C'est d'ailleurs bien à cette condition que les femmes s'inscrivent et participent pleinement aux ambitions et aux luttes collectives de leur temps, à l'image de la résistante polonaise Barbara Skarga ou des surprenantes « Chatouilleuses » de Mayotte.
Et c'est par l'art, encore, que s'accroît le champ des possibles et de ses appropriations. L'art qui dilate notre plaisir à chaque fois qu'il nous est donné d'entrer en contact avec ce quelque chose d'indéfinissable qui augmente l'appétit de vivre et d'aimer, la capacité de sentir et de penser, le désir d'expérimenter et de comprendre ; ce quelque chose qui intensifie le goût de la beauté et qui soutient précisément notre désir d'être libre. Face aux préjugés et opinions mortifères qui nous enserrent, l'art toujours s'interpose, expression même de l'optimisme de la volonté. -
Cahiers Maria Szymanowska N°3. Écrire, vivre, composer au féminin
Collectif
- Société Maria Szymanowska
- 27 Janvier 2023
- 9782957765256
En musique comme dans la plupart des arts, les femmes sont invisibles... ou presque. Pour quelques-unes qui ont trouvé la célébrité, tant de compositrices sont encore méconnues voire ignorées de la société, comme si leur sexe était un handicap rédhibitoire à la notoriété. La musique aurait-elle donc un genre ?
Pourtant, dès le Moyen-Âge, les femmes compositrices et interprètes ont toujours existé. Nombreuses d'ailleurs sont ces femmes, reconnues par leurs pairs et adulées par le public, qui ont finalement démenti les assignations à résidence et les déterminismes qui accablent, enferment et emprisonnent la volonté créatrice. S'il en est une qui incarne la lente progression des femmes vers une nouvelle participation aux aspects pratiques, politiques et symboliques de la vie humaine, c'est bien Maria Szymanowska (1789-1831) qui, au tout début du XIXe siècle divorce d'un « beau » mariage pour gagner la liberté de devenir la première compositrice-concertiste internationale polonaise. Au mépris des conformismes sociétaux de l'époque, elle saura pleinement saisir les opportunités inédites qu'offrent une société et un marché en pleine mutation, où la professionnalisation des métiers artistiques devient impérative. En quelques années, Szymanowska construira une oeuvre d'une modernité exceptionnelle dont la mezzo-soprano Elżbieta Zapolska écrira qu'elle est « une chose fantastique, parce qu'elle est comme un cycle sans fin de miniatures qui exigent des interprètes une approche de recherche et de créativité, comme si la créatrice avait compté sur le fait que son expression serait complétée ».
Rompre l'ordre matrimonial, se produire sur scène, créer, proposer, vendre et vivre (de) sa musique, c'est aspirer à devenir l'architecte de son quotidien et à l'assumer. C'est avoir cette chambre à soi qui permet d'assouvir un désir, mué en revendication, d'une écriture reconnue et légitimée. Écrire, vivre, composer au féminin, c'est objectiver des potentialités et sortir des virtualités ; c'est aussi savoir jouer avec les réalités d'oppression et d'impératifs de conformité que le contexte historique, géographique et socio-culturel impose aux femmes. Louise Labé, Cécile Chaminade, Virginia Woolf, Gabriela Zapolska, Hazel Scott, Virginie Despentes sont autant de figures qui incarnent ici cette subversion des référentiels et des codes. Si le masculin est encore trop souvent perçu comme l'universel incontournable, l'évolution des concepts et des mentalités est aussi une évidence, qui impose la juste place des créatrices dans les arts et convoque désormais le matrimoine en corollaire obligé du patrimoine. Une transgression des lois du genre, en quelque sorte.