"Ecrire l'art", Stéphane Lambert en résidence

 

En 2019, la librairie Les Traversées accueille en résidence l’écrivain belge Stéphane Lambert, auteur de plusieurs livres sur des artistes et des écrivains (Rothko, Monet, Nicolas de Staël, Goya, Caspar David Friedrich, Beckett, Melville et Hawthorne). Sensible aux liens qu’entretiennent l’écriture et les autres modes de création, il proposera une série d’événements sur le thème « écrire l’art » dans la librairie et dans d’autres lieux. 

L’art est une grande source d’inspiration dans la littérature contemporaine. Le cycle veut montrer la vitalité et la diversité des échanges entre les mots et les images. Ce sera l’occasion d’entendre des écrivains raconter comment l’art joue un rôle dans leur processus de création et dans leur rapport au réel, de découvrir la démarche d’artistes utilisant l’écriture dans leur travail visuel, de se rendre dans des espaces où se fabrique la création au quotidien, de décloisonner les genres et les disciplines. 

Nous vous proposons quelques ouvrages choisis par Stéphane Lambert qui permettent de mieux comprendre son projet.

 

  • Paula Modersohn-Becker est une peintre allemande de la fin du XIX ème siècle, célèbre enAllemagne et dans beaucoup d'autres pays au monde, mais à peu près inconnue en France bienqu'elle y ait séjourné à plusieurs reprises et fréquenté l'avant-garde artistique et littéraire. Néeen 1876 et morte en 1907 des suites d'un accouchement, elle est considérée comme l'une desreprésentantes les plus précoces du mouvement expressionniste allemand. Elle n'aimait pastellement être mariée, elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettressont ambigus. La biographie que lui consacre Marie Darrieussecq reprend tous les élémentsqui marquent la courte vie de Paula Modersohn-Becker. Mais elle les éclaire d'un jour à la foisféminin et littéraire. Elle montre, avec vivacité et empathie, la lutte de cette femme parmi leshommes et les artistes de son temps, ses amitiés (notamment avec Rainer Maria Rilke) et sondésir d'expression et d'indépendance.

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  • Alain Lévêque, né en 1942 à Paris, est l'auteur notamment de Bonnard, la main légère (Deyrolle Editeur/L'Arbre voyageur, 1994 ; Verdier, 2006), et le préfacier des Observations sur la peinture de Pierre Bonnard, parues aux éditions L'Atelier contemporain en 2015. Il faut miser pour voir. Savoir jouer, ruser, cacher, mais aussi dévoiler son jeu, s'attendre à perdre, à gagner, réfléchir, avoir des coups de tête, de la chance, se recueillir, tout dépenser.
    Ne pas retenir quelques mots bien au chaud pour l'hiver, dans son bas de laine pour les temps de disette. Tout dépenser. Il faut à chaque fois écrire toutes voiles dehors, au risque de se trouver fort dépourvu quand la bise n'est pas venue. Je ne connais rien de plus difficile que ces commandes d'un " petit texte " pour une exposition de peinture, le travail d'un sculpteur. Car jamais de moi-même je n'irais me fourrer dans pareil pétrin (encore qu'il est tentant de mettre ses mains dans la pâte qui finira par s'échauffer et lever, mais c'est une autre histoire).
    Il s'agit qu'on m'invite à jouer, et si le jeu est engageant, je ne peux m'empêcher de dire chiche et de jouer à perdre haleine, me fiant à l'excitation, à l'emportement, et croisant les doigts pour qu'à la fin je puisse enlever le bandeau que j'ai sur les yeux et reconnaître ce que j'ai cru toucher. Ecrire pour voir. Est-ce écrire en regard du tableau ? On peut bien écrire quelques mots dans un carnet devant le tableau, il ne s'agit jamais d'un tête-à-tête.
    Le tableau a une et même plusieurs longueurs d'avance. Qu'il soit peint comme de toute éternité et ne demande rien à personne crève les yeux. Le tableau est immobile, cela crève aussi les yeux, on ne peut pourtant pas le fixer. Ecrire dans son carnet oblige à baisser les yeux. Lorsqu'on les relève, le tableau a détalé. On envoie des mots en éclaireur. L'ensemble des textes écrits par Maryline Desbiolles (parus pour la plupart dans des catalogues ou revues, ou inédits) sur l'art, autour de l'art, à partir de l'art est ici réuni : une première partie rassemble les approches les plus réflexives sur la création ; dans le second chapitre les textes s'articulent autour de deux thématiques chères à l'auteur : l'Italie, la cuisine ; le troisième chapitre réunit les essais et poèmes consacrés aux sculptures de Bernard Pagès ; sont ensuite regroupés les essais consacrés à des artistes ou des oeuvres ; le volume se clôt enfin sur des oeuvres de fiction dont l'élément déclencheur de l'écriture fut la fréquentation d'oeuvres plastiques.
    L'ensemble des textes a été revu en prévision de cet ouvrage, tout autant essai sur l'art qu'oeuvre littéraire.

  • Avec Rodin

    Maryline Desbiolles

    • Fayard
    • 1 Mars 2017

    Comment vient-on à Rodin ? Peut-être en tâchant de laisser tomber ce qu'on croyait connaître. En tâchant de laisser tomber ses croyances. En fréquentant Auguste Rodin, et, avec lui, les écrivains et les artistes qui l'ont aimé, en s'immisçant dans cet immense XIXe siècle qu'il projette dans le XXe. En y tissant un récit de sa vie. Mais aussi en fréquentant ses figures, en entrant dans la danse des corps inventés par lui. En fréquentant la sculpture qu'il a bouleversée. En prenant exemple sur lui. En accueillant le réel et ses surprises. En étant entièrement solidaire de sa manière de procéder. C'est-à-dire, somme toute, en faisant le pari d'être un peu plus libre.
      Maryline Desbiolles a écrit une vingtaine de romans, de La seiche (Seuil, 1998) et Anchise (Seuil, 1999, prix Femina) au Beau temps (Seuil, 2015). Elle a aussi beaucoup écrit sur les peintres et les sculpteurs, Chaissac, Braque, Pagès (Nous rêvons notre vie, éditions du Cercle d'art, 2003) ou Vallotton (Vallotton est inadmissible, Seuil, 2013). Ces textes ont été récemment réunis sous le titre Écrits pour voir (L'Atelier contemporain, 2016). 

  • « Il n'est pas à la beauté d'autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu'il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde. Il y a donc loin de cet art à ce qu'on nomme le misérabilisme. L'art de Giacometti me semble vouloir découvrir cette blessure secrète de tout être et même de toute chose, afin qu'elle les illumine. » Jean Genet.

  • Rembrandt

    Jean Genet

    Le projet d'un livre sur Rembrandt accompagna Genet durant une dizaine d'années. De sa confrontation directe avec les oeuvres vues dans les musées prenait corps peu à peu cet ouvrage.
    En septembre 1958, L'Express publiait sous le titre Le Secret de Rembrandt, un découpage d'extraits du livre dont il annonçait la publication prochaine aux Éditions Gallimard. Genet a-t-il alors préféré se ménager le temps de refondre ou de compléter son travail ? Absorbé par son théâtre, a-t-il reporté son projet à plus tard ?
    On sait seulement que, bouleversé par la mort de son ami Abdallah, il se résolut en avril 1964 à détruire le contenu d'une valise pleine de manuscrits.
    Ne subsistent que deux fragments publiés en mai 1967 dans la revue Tel Quel sous le titre Ce qui est resté d'un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers, et foutu aux chiottes, qui s'ajoutent au Secret de Rembrandt publié en 1958. Avec l'accord de Genet, ces textes ont été insérées respectivement en 1968 et 1979 dans les tomes IV et V de ses oeuvres complètes.
    La présente édition qui les rassemble pour la première fois tente d'illustrer par un choix de détails significatifs les oeuvres citées, le regard personnel de Genet sur Rembrandt. Un regard autre, et qui va plus loin.

  • Il est peu de pages sur la peinture de cézanne (sur la peinture tout court, peut-être) plus denses et plus justes que cet ensemble de lettres et fragments de lettres adressées par rilke à sa femme, le sculpteur clara westhoff, entre le 3 juin et le 4 novembre 1907, autour de la première rétrospective parisienne du peintre d'aix.

    Rien d'étonnant à cela. au moment oú rilke devait faire accepter à clara que chacun d'entre eux menât son combat de son côté, le plus grand exemple de cézanne, encore plus radicalement enfermé dans son travail que rodin, leur maître à tous deux, venait à point légitimer ce choix. plus profondément, en ce moment de sa vie oú le poète commencer à s'affermir, en cette année de 1907 dont l'été lui avait donné nombre de poèmes nouveaux, rilke pouvait voir dans les tableaux de cézanne le modèle le plus admirable de ces " choses d'art " objectives et " miraculeusement absorbées en elles-mêmes " auxquelles il tendait lui-même ; lui, le poète le plus exposé à voir, comme son narcisse, sa substance se diluer stérilement dans l'air.

    Ce volume constitue la traduction intégrale de l'édition préparée à insel verlag par h. w. petzet en 1983, à partir de celle réalisée sur le voeu et du vivant de clara rilke en 1952.

  • Ouverte aux auteurs modernes et contemporains, la collection Livrets d'art regroupe des textes dont l'objet relève du domaine de l'art : peinture, sculpture, musique, sans oublier le cinéma ou la photographie, ainsi que la littérature.

  • Baudelaire Ecrits sur l'art « Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique ; non pas celle-ci, froide et algébrique, qui, sous prétexte de tout expliquer, n'a ni haine ni amour, et se dépouille volontairement de toute espèce de tempérament ; mais, - un beau tableau étant la nature réfléchie par un artiste, - celle qui sera ce tableau réfléchi par un esprit intelligent et sensible. [...] Pour être juste, c'est-à-dire pour avoir sa raison d'être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c'est-à-dire faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d'horizons. » Baudelaire, ainsi, est tout entier présent dans ces Ecrits sur l'art qui sont l'autre versant de son oeuvre et, en effet, selon son voeu, ouvrent bien plus d'horizons. Car dans ces pages écrites de 1845 à ses dernières années, ce n'est pas simplement le critique d'art des Salons que l'on découvre, mais le théoricien du romantisme et de l'imagination, du beau et du comique dans l'art, et finalement l'écrivain de cette modernité qu'il définit - et qui pour nous s'ouvre avec lui.


    Edition de Francis Moulinat.

  • Présenté dans un ordre chronologique, l'ensemble des critiques d'art d'Apollinaire permet de se former un jugement indépendant sur ses idées esthétiques, sa compétence et son rôle dans le développement de l'art moderne. En outre, ses écrits, en tant que chroniques, nous font revivre jour par jour l'époque la plus animée, la plus héroïque du XXe siècle.
    Les textes s'échelonnent de 1902 à 1918. On y découvre constamment un grand esprit, un grand poète et un homme de goût, ce qui n'empêche nullement le piquant, la fraîcheur et l'imprévu. La critique de Guillaume Apollinaire, en effet, était souvent subjective, impressionniste ; il n'hésitait pas à dire avec candeur : « J'aime ce tableau », ou : « Je trouve ce tableau détestable. » À l'analyse rigoureusement intellectuelle, il préférait l'impression lyrique, et « son génie de critique », comme l'a remarqué André Salmon, « était inséparable de son génie de poète ».

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  • L'objet que se donne la peinture chinoise est de créer un microcosme, « plus vrai que la Nature elle-même » (Tsung Ping) : ceci ne s'obtient qu'en restituant les souffles vitaux qui animent l'Univers ; aussi le peintre cherche-t-il à capter les lignes internes des choses et à fixer les relations qu'elles entretiennent entre elles, d'où l'importance du trait. Mais ces lignes de force ne peuvent s'incarner que sur un fond qui est le Vide. Il faut donc réaliser le Vide sur la toile, entre les éléments et dans le trait même.

    C'est autour de ce Vide que s'organisent toutes les autres notions de la peinture chinoise ; celles-ci forment un système signifiant auquel François Cheng est le premier à appliquer une analyse sémiologique. Son commentaire est enrichi par d'amples citations et des reproductions.

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  • Comme il arrive qu'un lecteur à demi distrait crayonne aux marges d'un ouvrage et produise, au gré de l'absence de la pointe, de petits êtres ou de vagues ramures, en regard des masses lisibles, ainsi ferai-je, selon le caprice de l'esprit, aux environs de ces quelques études d'edgar degas.
    Ceci ne sera donc qu'une manière de monologue, où reviendront comme ils voudront mes souvenirs et les diverses idées que je me suis faites d'un personnage singulier... cependant qu'au regard naïf les oeuvres semblent naître de l'heureuse rencontre d'un sujet et d'un talent, un artiste de cette espèce profonde, plus profond peut-être qu'il n'est sage de l'être, diffère la jouissance, crée la difficulté, craint les plus courts chemins.

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  • Lorsque commencent ces rencontres, Charles Juliet est un homme en proie au doute, à la détresse (ses journaux rendent bien compte de ces années noires) et Bram Van Velde un artiste dont la notoriété est loin d'atteindre celle qu'il connaîtra plus tard. Mais sa rigueur, son intransigeance, sa volonté d'aller toujours plus loin dans une démarche qui n'est pas sans évoquer celle des mystiques sont lumineuses et produisent sur Charles Juliet une grande impression.
    Sont ici retranscrites les paroles brèves de Bram van Velde, si pleines d'énergie et si profondes, et les circonstances des rencontres, les pensées qu'elles inspirent à Charles Juliet.
    La première rencontre entre Bram Van Velde et Charles Juliet a lieu le 25 octobre 1964. La dernière de celles qui seront racontées dans le livre, le 7 novembre 1977. Ce sont donc treize années d'une fréquentation irrégulière mais intense qui font la matière de cet ouvrage.
    Ce texte a été publié pour la première fois en 1978 par Fata Morgana puis aux éditions P.O.L en 1998.

  • Si les tableaux de Paul Cézanne ramènent Charles Juliet sur les lieux de sa propre adolescence, ils provoquent aussi en lui un questionnement sur la création, qu'elle soit celle du peintre ou celle de l'écrivain. Ce livre est un face-à-face troublant entr

  • Cy Twombly

    Roland Barthes

    De Cy Twombly, Roland Barthes capte la modernité telle qu'elle revisite toute une culture classique, grecque et latine, à travers des noms et des mots écrits sur la toile, ou des thèmes évoqués avec leur part d'énigme. Dans une analyse inventive et empathique, Barthes explore l'univers de Twombly, il déploie sa propre culture pour faire résonner celle du peintre américain installé en Italie, dans un art du fragment pratiqué par l'un et l'autre. Ces deux textes n'ont pas pris une ride et continuent d'éclairer l'oeuvre de Twombly.

  • Sylvie Germain, romancière, essayiste et passionnée de peinture et de dessin, entre dans l'univers fantastique de Patinir grâce à ce Paysage de saint Christophe portant l'Enfant Jésus (1475/1485-1524), conservé au musée départemental de Flandre à Cassel. Cette alliance entre la romancière de l'invisible et de la souffrance des hommes, et du peintre qui révolutionna le paysage en inventant un monde poétique, profane, entre fiction et réalité, n'est pas fortuite. Sous la plume de Sylvie Germain, le lecteur découvre l'infinité d'un monde qu'a peint Patinir en arrière-plan, un monde que ne parvient pas à cacher la monumentalité de saint Christophe et son précieux fardeau.

  • Rome éphémère

    Gérard Macé

    « L'un des plus beaux livres écrits sur Rome. Une Rome suspendue entre le clair et l'obscur, le ciel et les ruines, les enfers et l'au-delà : une ville de fontaines et de foudre, de fleuve et d'incendie, de fables et d'artifices ; cité du théâtre et de l'illusion, élémentaire comme Isis, tragique comme Borromini, abyssale comme Piranese... Et l'érudition est voilée comme chez Nerval, c'est une érudition qui joue, invente jusqu'au délire, tire des feux d'artifice, pâlit avec les couleurs et les reflets de la nacre, avant de s'éteindre dans la mélancolie. » Pietro Citati.

    Avec des photographies N&B de Ferrante Ferranti.

  • « Minuscule et vaste comme le monde, le jardin de ma mère était posé sur sa table à ouvrage. [...] C'est grâce à cet objet, en apparence insignifiant, que le Japon associé aux jardins est entré dans mon imaginaire ».

    Ainsi commence Ce monde qui ressemble au monde, traité merveilleux des jardins de Kyoto où Gérard Macé déploie, avec le style et l'élégance d'un acteur du Nô, le bel éventail des émotions allant de l'enfance à la promenade et de la photographie à l'érudition.
    On apprend dans ce livre comme on rêve. Le détail magnifie le parcours. Tout est feuille d'érable ou mousses impériales, dessins sur la sable et vanité du monde.

    Ce livre édité d'abord chez Marval, puis chez Gallimard et Au temps qu'il fait, est désormais un classique du Jardin Japonais.

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  • Propos provoqués et recueillis par Stéphane Lambert.
    «Metteur en scène, je n'avais rien pour l'être, aucune préparation, aucun ancêtre, rien, le désert.
    Ce désert sans doute a été mon meilleur allié.» Claude Régy, né en 1923 à Nîmes, après une formation d'acteur auprès de grands maîtres de la scène (Dullin, Balachova, Vitold), s'est consacré à la mise en scène d'auteurs contemporains depuis les années 1950, créant pour la première fois en France certains textes de Pirandello, Kleist, Duras, Pinter, Saunders, Stoppard, Arrabal, Bond, Sarraute, Handke, Botho Strauss, Jon Fosse. ouvrant considérablement le répertoire des oeuvres contemporaines. Il a aussi fait découvrir des acteurs, comme Gérard Depardieu en 1971, Martial Di Fonzo Bo, Laurent Cazanave, entre autres. Il laisse résonner ici les échos de ses lectures, de ses rencontres et de ses nombreuses mises en scène.

  • « Rien n'est plus poétique que tous les passages et les mélanges hétérogènes », écrivait Novalis.

    Le mouvement romantique, qui prône l'indiscipline et les hybridations, accorde au mélange des genres et des formes une valeur à part entière. Comique et sublime, haut et bas, art et nature, rêve et réalité, nombreuses en cette période sont les combinaisons qui malmènent la hiérarchie des sujets et les frontières disciplinaires. Après les Résonances du romantisme (Lettre volée, 2005), consacrées aux contradictions esthétiques, ces Mélanges romantiques examinent, sous trois angles différents - religion, fragment et rêve -, la thèse spéculative selon laquelle l'art manifeste de façon privilégiée la vérité absolue. Loin d'instaurer le culte unique du beau et du vrai, le romantisme met en crise la vérité en art et jusqu'à l'idée de représentation.
    Plus qu'une thèse sur le romantisme, ce livre est un essai mené avec le romantisme, fait de coups de sonde, d'hypothèses, de rêveries et de quelques variations théoriques. Mais pourquoi revenir sur notre passé romantique ? Par nostalgie, réaction, insatisfaction à l'égard de notre monde ? Rien de cela ne prend en compte l'essentiel. Reprendre la question romantique, c'est instaurer un dialogue avec un passé qui se tient à la lisière du présent, et, en retour, faire émerger les potentialités de ce mouvement à la lumière de ses effets contemporains ; critique du système, déconstruction de l'oeuvre, montages aléatoires.
    Il n'est jamais indifférent d'être moderne.

  • Si la vie des peintres nous intéresse autant que leur peinture, ce n'est pas que la première explique la seconde. L'art n'explique rien, laissons cela aux philosophes et aux théologiens ! La création est souvent à l'antipode de la vie d'un artiste. Celui-ci extirpe la substance de ce qu'il vit, il s'en éloigne même strictement ; il ne suffit pas de raconter quelque chose. Certains écrivains vont au bord de la mer planter le décor d'une histoire et d'autres imaginent la forêt vierge amazonienne depuis une chambre d'hôtel en Normandie. Nous n'avons que les mots pour aller au-delà des mots, les peintres ont leurs images pour crever l'illusion.

    Les conversations silencieuses sont celles d'abord d'un enfant avec son père ; une relation faite de silences, de secrets et de rêveries. Puis ce furent celles de l'amitié qui se nourrit de tout ce qui reste toujours à dire, du seul fait d'aimer. Enfin ce sont celles que le narrateur entretient avec l'art. Si la peinture est entrée dans la vie d'Olivier Schefer par effraction - il ne l'a ni comprise ni tout de suite aimée - elle est désormais indissociable de son métier, de ses émotions et de ses passions.
    C'est ce goût de la vie au travers de l'art, notre destin commun face aux choses et aux vies silencieuses, qu'il nous fait partager.

  • Au printemps 2015, Jean-Christophe Norman s'est rendu au Cambodge avec l'idée de reproduire sur le Mékong, les contours de l'appartement dans lequel Marguerite Duras a vécu à Paris rue Saint Benoît et que le cinéaste Benoît Jacquot lui a dessiné de mémoire. Il était alors question d'opérer une soudure dans l'espace et de faire se rejoindre l'ici et l'ailleurs, le passé et le présent. Un peu comme si ce passé était encore à venir.

    Quelques heures après son arrivée à Phnom Penh et son enregistrement au Grand Mekong Hotel le narrateur va se lancer dans l'exploration simultanée et sans limite d'une ville, de lieux qui auront été déplacés et d'un monde intérieur qui peu à peu va se dévoiler jusqu'aux abords du fantastique. Marchant parfois jour et nuit sans discontinuer, regardant le monde se faire et se défaire, réécrivant l'Ulysse de James Joyce à travers toute la ville, passant d'une rue à l'autre, d'un livre à l'autre, au fil des rencontres, il va faire l'expérience de la mise en oeuvre d'une écriture personnelle qui se laissera volontairement envahir par le hasard et par l'altérité. Invité à passer la nuit dans un bibliothèque privée, il va réécrire la fin de tous les livres qui la composent. Au cours de vastes journées, il collectera des paroles entendues ou échangées, divers documents tombés sur le sol, et les mots d'autres auteurs pour enfin produire la matière de possibles récits.

  • Le succès de la première édition de ce recueil, donnant à lire pour la première fois, à un vaste public, et dans leur intégralité, l'ensemble des lettres du peintre connues a conduit à de nouvelles découvertes. La présente édition est donc augmentée de plusieurs lettres inédites. Elle nous a également permis de corriger les quelques erreurs qui nous ont été signalées.
    Sur la vie d'un artiste de cette importance, les lettres constituent un témoignage aussi capital, aussi passionnant que le sont par exemple celles de Van Gogh à son frère  éo et à ses proches. Ce qu'écrivait Chastel dès leur première publication en 1968: «Le public ignore en général l'ampleur et l'intérêt exceptionnel de cette correspondance qui [...] livre en quelque sorte l'autobiographie du peintre, dans le rythme même du vécu, dont aucun récit ne serait capable de restituer la puissance et la fierté» est non seulement toujours vrai, mais l'est même davantage encore car le corpus dont parlait l'historien s'est depuis enrichi de plus de 200lettres inédites, dont une grande part de celles à Françoise Chapouton, sa deuxième épouse, et surtout toutes les lettres conservées par Jeanne Polge, pour laquelle le peintre éprouva une passion dévorante et qui éclairent d'une lumière nouvelle ses dernières années. L'appareil critique de Germain Viatte, ancien directeur du Musée national d'art moderne, permet de comprendre le contexte dans lequel les lettres sont écrites et par conséquent de lire ce livre comme la plus complète et éclairante des biographies. Le texte de  omas Augais, qui vient en postface, souligne à juste titre combien l'écriture a tenu une grande place dans la vie du peintre, et quels furent ses rapports à la poésie.
    C'est Staël dans son agitation, ses voyages, ses con its, ses professions de foi, ses violences, ses hésitations. On y trouve aussi bien le récit des années de formation en Espagne et au Maroc que, dans la période des «lettres d'a aire», lorsque la gloire est venue, le dialogue avec des personnalités comme René Char, Georges Duthuit, Pierre Lecuire. Comme le résumait parfaitement Chastel: «Les lettres apportent donc tout ce qu'on a besoin de savoir - et au-delà - de Nicolas de Staël. Elles font paraître et parfois scintiller la constellation de personnes, de noms, d'intérêts, de curiosités qui accompagne, avec des changements nombreux et des évanouissements passagers, le parcours d'un être fort.»

  • Stéphane Mandelbaum, peintre né en 1961 à Bruxelles, est assassiné à la fin de 1986 par ses complices, après le vol d'un Modigliani. Son corps sera retrouvé, défiguré par l'acide, à demi caché dans un terrain vague de la banlieue de Namur. Le jeune peintre, dessinateur prodige, personnage charismatique et déroutant, laisse une oeuvre où s'enchevêtrent les thèmes violents : portraits de nazis ou d'artistes à la vie brève, scènes pornographiques, inscriptions provocantes. Pasolini, Bacon, Rimbaud ou Pierre Goldman, autant de vies violentes qui semblent annoncer la mort tragique du peintre.

    Gilles Sebhan a voulu revenir sur les conditions de ce drame et au-delà sur ce qui fait de Stéphane Mandelbaum un artiste à la fois méconnu et exceptionnel, qu'on a pu comparer à Jean-Michel Basquiat mais aussi à certains représentants de l'art brut. Pour ce portrait d'artiste, à la fois récit biographique et analyse picturale, il a rencontré les principaux témoins de sa vie, sa famille, ses amis, ses maîtresses et n'a pas cherché à privilégier une version des faits mais à montrer l'impossible vérité de Stéphane Mandelbaum.

  • «"Ah! ah! s'écria-t-il, vous ne vous attendiez pas à tant de perfection! Vous êtes devant une femme et vous cherchez un tableau. Il y a tant de profondeur sur cette toile, l'air y est si vrai, que vous ne pouvez plus le distinguer de l'air qui nous environne. Où est l'art? perdu, disparu! Voilà les formes mêmes d'une jeune fille. N'ai-je pas bien saisi la couleur, le vif de la ligne qui paraît terminer le corps? [...] Et ces cheveux, la lumière ne les inonde-t-elle pas? Mais elle a respiré, je crois! Ce sein, voyez? Ah! qui ne voudrait l'adorer à genoux? Les chairs palpitent. Elle va se lever, attendez.
    - Apercevez-vous quelque chose? demanda Poussin à Porbus.
    /> - Non. Et vous?
    - Rien."»

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