Antoine Volodine et le post-exotisme

(DR)

Depuis 30 ans, et avec une certaine discrétion, Antoine Volodine et ses hétéronymes bâtissent une œuvre littéraire dense, multiple, magique : le post-exotisme.

Le post-exotisme est un ensemble, un édifice, plutôt qu'un courant.

Il connaît des sujets forts et récurrents : l'échec des révolutions, les utopies bafouées, un monde post-apocalyptique, la dégénérescence de l'humanité... L'humain y est blessé, diminué, mort souvent, errant entre deux états, rendu à son animalité parfois.

Les lieux sont de première importance également, d'une cellule à un camp de travail, de la Taïga au Bardo, espace indéfini où erre l'individu entre deux incarnations.

Dans cette noirceur, a priori peu d'espoir... Mais la beauté est toujours manifeste dans l’œuvre post-exotique.

Dans un souffle, dans une vision, adviennent de purs moments d'émerveillement.

C'est là que la magie opère : la langue de Volodine est de celles qui imposent leur rythme, travaillée à tel point qu'elle doit sortir de votre corps, et vous voilà lisant à haute voix d’invraisemblables confessions, des déclarations d'amours longtemps oubliées...

  • Trois voix puissantes, toutes liées au théâtre, à la féminité, au chamanisme et à la mort.

    Dans un pays de montagnes et de désert, une petite troupe itinérante est attaquée par des bandits. Bien vite, l'unique survivante est entraînée dans la vie criminelle et sauvage de ses ravisseurs. Esclave sexuelle d'un chef, elle reste obsédée par un cantopéra composé de vociférations magiques qui s'adressent à toutes les petites soeurs du malheur et qui les guident vers l'apaisement, vers l'art de mourir ou vers d'autres mondes. La deuxième voix reprend intégralement le texte de la pièce étrange qui habite la comédienne. La troisième voix répond aux deux autres. Elle raconte en une seule longue phrase sorcière le parcours sans fin, de renaissance en renaissance, d'un être sans genre, tantôt masculin, tantôt féminin, qui erre dans l'espace noir.

    Des aventures violentes et démoniaques, marquées par une sexualité délirante mais aussi par la nostalgie de la déclamation, de la parole et du souffle. Et de la survie coûte que coûte.

  • Des anges mineurs

    Antoine Volodine

    Ensemble narratif de quarante-neuf brefs textes, tous en rapport les uns avec les autres et qui peuvent donc être lus, en réalité, comme les chapitres d'un roman, Des anges mineurs est un livre d'une très grande force poétique. Les personnages, aux noms farfelus, sont extrêmement âgés, mais jeunes parfois d'apparence. Ils ont échappé à une sorte d'apocalypse, en tout cas un changement de régime. Beaucoup ont séjourné dans des camps de redressement, et se plaignent, au fond, du retour au capitalisme. Ils ont souffert du totalitarisme, mais sont désormais dans une société où sous une autre forme l'humanité a disparu. Les rapports amicaux et amoureux sont clandestins et impossibles. Les rapports familiaux inexistants. La survie est presque impossible matériellement : ils vivent dans des grottes, sous des yourtes, dans des immeubles dévastés. Certains sont artistes, d'autres ont des responsabilités politiques. Mais tout va à vau l'eau. Le personnage central, Will Scheidmann est un écrivain qui, dans ce contexte de post-mutation de régime apparaît comme «réactionnaire», mais qui en réalité est le seul qui «réfléchisse» sur l'Histoire. Sa mère, accompagnée de vieilles femmes, veut exterminer : elle tient au respect des formes du nouveau régime. Mais l'exécution sans doute n'aura pas lieu. L'ensemble est d'une grande tristesse, mais aussi d'une grande sensualité poétique, envoûtante. C'est brillant, intelligent : il y a d'admirables réflexions sur la littérature, ses illusions, ses limites, sa force aussi. Le livre est la description d'un monde où le temps, l'espace, l'économie, la littérature, les rapports psychologiques, la famille, la politique, les langues sont autres, «étranges». Il y a dans ce livre, en dehors des scènes très violentes, des moments de contemplation, de sensualité, de tendresse, qui l'ouvrent à des sensibilités plus diverses. Il tourne labyrinthiquement autour d'une obsession qui est, disons, l'apocalypse conçue par les hommes eux-mêmes, l'idée même de ce qui est «dernier».

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  • Cette femme qui marche dans la nuit, un manuscrit sous le bras, le long d'une avenue déserte, a-t-elle ou non rendez-vous avec la mort ? Elle semble connaître la réponse, mais que sait-elle exactement ? Toute son existence est liée à un livre, une immense anthologie dont les pages tracent le portrait d'une époque fictive - le IIe siècle -, et tentent d'élucider les sombres mystères d'une société - la « Renaissance » - : comme le ferait une mémoire contrainte, sous la chape de plomb du totalitarisme, à se dissimuler dans l'imaginaire et le discours codé.
    Or quelqu'un, à l'évidence, manipule les éléments de l'intrigue ainsi nouée : une jeune terroriste, en compagnie du policier qui a organisé sa fuite, se retrouve le temps d'un amour aux confins de l'Europe et de l'océan. C'est elle qui, par défi, invente devant nous un monde baroque et lugubre dont elle est sans doute l'émanation la plus tragique.

  • Nos animaux preferes

    Antoine Volodine

    • Seuil
    • 12 Janvier 2006

    Nos animaux préférés relève du genre que Volodine, dans son système post-exotique, appelle des entrevoûtes, c'est-à-dire des nouvelles qui sont mises en rapport les unes avec les autres. Il s'y mêle également des « shagga » autre genre volodinien, qui réunit des poèmes et leurs commentaires. La structure de l'ensemble, très savante, est pyramidale, organisée
    thématiquement. Ce sont, en bref, des contes mettant en scène des animaux, des crustacés, un éléphant, des poissons femelles et une sorte de harem, à l'animalité incertaine. L'éléphant ouvre et ferme le recueil.
    La première nouvelle, sur un mode comique, raconte comment Wong (l'éléphant), dans un pays dévasté, est sollicité par une tueuse pour un rapport sexuel dont il ne le veut pas : il l'écrase gaillardement sous sa patte.
    La dernière nouvelle, sur un mode beaucoup plus tragique, mais non sans ironie, raconte la mort lente de Wong, qui a également refusé l'accouplement avec une humaine hystérique et sale, et s'enlise lentement dans le bitume, toujours dans un paysage de fin du monde. Les nouvelles (trois) qui parlent de crustacés (ou de crabes, on ne sait pas trop) font les portraits de divers rois, Balbutiar 30, 315 etc., qui, accrochés à leur rocher, contemplent la mer dans un demi-sommeil et tentent de s'opposer à des pêcheurs prêts à les mettre dans leurs filets. Enfin les « shaggas » sont de très beaux poèmes énigmatiques sur la vie des poissons et sur l'ennui et les frustrations d'un harem, dans une tonalité de Mille et une nuits. Dans un commentaire, assez ingénieux, l'auteur explique son fonctionnement poétique, qui est à la fois
    moins rigide et moins arbitraire qu'il ne semble.

  • " le romance appartient à la famille des formes romanesques.
    Sa structure musicale permet de traiter à la fois les angoisses des personnages et leur aspiration à la beauté ".
    A. v.

    Après avoir aidé à construire une société oú vivre en camp allait de soit, jean vlassenko et maria samarkande essaient de s'évader en créant des objets poétiques d'un type nouveau. sous leur signature naissent des romances, des narrats, des shaggã¥s. ils cristallisent leur amitié amoureuse dans un recueil de narrats lumineux oú apparaissent des hommes et des femmes qu'aucune distance, qu'aucun enfer ne sépare, des peintres condamnés à l'exil, des savants et des chamanes que leur collaboration avec la police a brisés.
    /> En se mettant eux-mêmes indirectement en scène, ils font de leur livre un superbe pacte de fidélité. puis jean disparaît.
    Bien des années plus tard, dans une caserne sinistre, jean vlassenko et maria samarkande sont de nouveau en présence l'un de l'autre. ils ont les mains liées, ils ne peuvent plus écrire, ils doivent feindre de ne pas s'être reconnus.

  • Qu'est-ce que le post-exotisme ?.
    Comment et pourquoi une littérature de rêves et de prisons, profondément étrangère aux traditions du monde officiel, a-t-elle pu exister dans le quartier de haute sécurité oú pourrissent les criminels politiques ?. quelle voix récite les livres, quelle main les signe ?.
    Pour donner un sens à son agonie, l'écrivain emprisonné lutz bassmann murmure des réponses et, ce faisant, il compose une ultime fiction.


    On prêté leur mémoire à cette entreprise intemporelle : lutz bassmann, ellen dawkes, iakoub khadjbakiro, elli kronauer, erdogan mayayo, yasar tarchalski, ingrid vogel.

  • C'est dans une venelle du Tarrafeiro, sordide quartier marécageux près du port intérieur de Macau, que s'est réfugié Breughel. Membre d'une société secrète évoquée à travers les noms énigmatiques de « Paradis », « Grand-mère » ou « Les Iles », Breughel a quitté l'Occident. Il a fui avec Machado, un Brésilien, et Gloria Vancouver, l'une des responsables de l'organisation, en détournant une importante somme d'argent. A Macau, les fugitifs ont pris la nationalité portugaise pour effacer leurs traces. Depuis, Machado est mort, mais le « Paradis » veille. Un tueur, Kotter, est envoyé en mission pour apurer les comptes et exécuter Gloria Vancouver. Le port intérieur gravite autour de l'interrogatoire de Breughel, situation narrative récurrente chez Volodine. Ce seront des interrogatoires successifs que le lecteur va découvrir et dont il ne pourra jamais évaluer précisément le degré de réalité. Car pour protéger Gloria Vancouver, Breughel a anticipé de longue date l'arrivée du tueur, disséminant dans son taudis des textes et des photographies devant amener Kotter à la certitude que Gloria est morte accidentellement lors d'un séjour en Corée. Le lecteur va se retrouver pris malgré lui dans une toile d'araignée d'une finesse extrême, faite de dialogues et de monologues entrecoupés de récits de rêves. Le Port intérieur est écrit dans une langue musicale suspendue au-dessus du silence. Théâtrale, scénique, presque gestuelle, la phrase s'arrête parfois sur l'impossibilité qu'il y a de conclure. Le point final se transforme en trou noir qui aspire tout à la fois les ruminations et les remembrances de Breughel las, exilé, et semble le conduire au silence ultime. Car Le Port intérieur, c'est le lieu même de la littérature. Jean-Didier Wagneur, Libération

  • Terminus radieux

    Antoine Volodine

    Après l'écroulement de la Deuxième Union soviétique, la Sibérie est dévastée par des accidents nucléaires et devient à jamais inhabitable. Solovieï, président du kolkhoze Terminus radieux, met ses pouvoirs surnaturels au service de son rêve de toute-puissance. Assisté par l'immortelle Mémé Oudgoul, il règne en maître sur le destin des hommes et des femmes de son village. Prisonniers et militaires cherchent en vain à mettre fin à leur errance, mais il leur faudra attendre des milliers d'années pour que s'éteigne la présence de Solovieï dans leur cauchemar.Né en 1949, Antoine Volodine a publié une trentaine de livres qui fondent le «post-exotisme», univers fictionnel caractérisé par l'onirisme politique et l'humour du désastre. Il a écrit plusieurs textes pour la radio et Des anges mineurs (1999) lui a valu le prix Wepler et le prix du Livre Inter 2000.

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  • Bardo or not Bardo

    Antoine Volodine

    Après son décès, chacun de nous traverse le Bardo, guidé sur le chemin de la renaissance par la lecture du Livre des morts tibétain. Mais que se passe-t-il si le mort désobéit ? Si le séjour dans le Bardo lui plaît au point qu'il ne veuille plus en sortir ? Quand aux mystiques se mêlent les fous, les imbéciles et les sous-hommes ? L'écrivain et acteur Bogdan Schlumm tente de répondre à ces questions...

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