Amoz Oz

 

copyright Keystone/AP/Dan Balilty

 

« Pour écrire un récit de quatre-vingt mille mots, il faut prendre environ un quart de million de décisions : non seulement concernant le développement de l'intrigue, qui vivrait ou mourrait, qui serait amoureux ou volage, qui s'enrichirait ou se ridiculiserait, quels seraient les noms, les visages, les habitudes et les occupations des personnages, la division en chapitres, le titre du livre (c'étaient là les décisions les plus simples, les plus générales), non seulement ce qu'il fallait raconter, passer sous silence, ce qui venait avant ou après, ce qu'il convenait d'exposer en détail ou par allusion (décisions faciles là aussi), mais des myriades de choix subtils s'imposaient encore, comme, par exemple, écrire bleu ou bleuté dans la troisième phrase avant la fin du paragraphe ? Ou peut-être azurée ? Azur ? Bleu foncé ? Ou bleu-gris ? (…) A moins de se contenter de quatre mots « la lumière du soir », sans la colorer de bleu-gris, d'azur cendré, etc ? » ( Une histoire d'amour et de ténèbres, Gallimard, p. 289)

empty