Jardins de peintres, jardins de jardiniers, jardins d'ici et d'ailleurs, tous les jardins sont aux Traversées

Il y a cent manières de se créer un jardin : la meilleure est encore de prendre un jardinier. Ce jardinier vous plante toutes sortes de bouts de bois, de bâtons ou de manches à balai, en vous soutenant que ce sont là des érables, des aubépines, des rosiers à haute tige ou buissonnants et autres espèces botaniques ; cela fait, il se met à fouir le sol, le retourne pour le retasser, fait de petites allées avec du mâchefer, fiche en terre ça et là quelques rameaux fanés qui, à son dire, sont des plantes, sème, pour la future pelouse, des graines qu'il nomme zizanie, épiette, vulpin, cretelle et fléole ; puis il s'en va, laissant le jardin aussi gris et nu qu'au jour de la création du monde, se bornant à vous prescrire d'arroser soigneusement toute cette terre et de faire venir du sable pour les allées quand le gazon sortira.

Karel Capek, L'Année du jardinier, 1929

 

 

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